Feuilleton de l'été / Isabelle Albertalli / Bpifrance
Feuilleton de l'été
Isabelle Albertalli / Bpifrance
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Isabelle Albertalli, directrice climat de Bpifrance
Il y a un peu plus de deux ans, à la fin du mois d’avril 2022, Isabelle Albertalli s’installait dans les nouvelles fonctions de directrice climat de Bpifrance. En charge, au quotidien, d’accompagner les dirigeants sur la question climatique et de pousser à la transition de leurs entreprises, son parcours a d’ailleurs lui-même toujours été guidé par cet esprit de mise en mouvement.
Même avant d’intégrer les bancs des classes préparatoires du lycée Louis-Le-Grand, dans le quartier Latin de la capitale, Isabelle Albertalli savait qu’elle souhaitait avant tout garder son champ des possibles ouvert. "J’aimais les mathématiques et la prépa me semblait être une des voies les plus larges. Je n’avais pas du tout Polytechnique en tête, j’ai plutôt découvert cette école lorsque je suis arrivée à Louis-Le-Grand", explique-t-elle à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare. Elle fera également le choix de cuber pour pouvoir intégrer une école généraliste.
Et c’est donc à l’X qu’Isabelle Albertalli signera son entrée en 2011… avant de faire rapidement ses valises pour Djibouti. Formation à Polytechnique oblige, l’ingénieure a le choix entre la réalisation d’un service civique ou d’un service militaire. "J’ai choisi le service militaire par opportunité, en me disant que cela serait sûrement l’unique occasion de vivre ce genre d’expérience. Entre la stratégie, la tactique ou le parcours physique, je me suis très vite investie. Il y avait beaucoup d’entraide entre nous", se souvient-elle.
Au sein de l’Armée de Terre, ils seront finalement deux élèves de sa promotion à s’envoler pour le pays d’Afrique de l’Ouest. Pendant six mois, Isabelle Albertalli fera ainsi partie du régiment inter-armés. Stratégie géopolitique, terrain et même responsable du détachement américain pendant le stage d’aguerrissement légionnaire en milieu semi-désertique : de cette expérience atypique, lors de laquelle elle expérimentera tout aussi bien les marches de nuit que le fait de ne pas se nourrir pendant un certain temps, Isabelle Albertalli en ressortira grandie. "Cela n’était forcément pas évident d’évoluer dans un milieu international et particulièrement masculin. Mais j’y ai rencontré des gens tout aussi intéressants les uns que les autres et surtout très divers en termes de nationalités et de parcours", observe-t-elle.
Une envie de terrain et d’ouverture
De retour sur le campus polytechnicien de Massy-Palaiseau, cette germaniste choisira de se spécialiser dans les sciences et les défis de l’environnement et sera tout aussi active dans la vie associative de la grande école. Une fois les deux premières années passées, le cursus de Polytechnique lui offrira l’opportunité de réaliser une expérience universitaire à l’étranger. "Lorsqu’est venu le choix de ma dernière année de cursus, j’étais beaucoup plus attirée par l’Europe que les États-Unis. Et j’avais surtout envie de commencer à travailler", retrace-t-elle.
C’est donc à Londres qu’elle s’en ira poser ses bagages, en intégrant la prestigieuse London School of Economics (LSE) pour réaliser un master en management. Ce qui l’avait alors particulièrement attirée ? Découvrir le monde anglo-saxon tout d’abord, mais surtout de pouvoir compléter son cursus universitaire par une alternance. Elle l’effectuera chez Unilever, au sein de l’équipe stratégie logistique mondiale de la catégorie agro-alimentaire. "J’y suis restée un an et demi. Et je me suis alors rendu compte que j’avais besoin d’être passionnée par les sujets sur lesquels je travaillais. Du fait de certaines rencontres, j’avais déjà le conseil stratégique en tête, car je savais qu’il me permettrait de couvrir toute une palette de secteurs", explique-t-elle.
Après avoir passé plusieurs entretiens dans les grands cabinets de conseil, son choix se portera finalement sur McKinsey, pour son côté international et pour les possibilités de mobilité qu’il lui offrirait. Nous sommes alors en 2016. Et pendant ses deux premières années au sein du bureau parisien du cabinet, Isabelle Albertalli trouvera bien ce qu’elle était venue chercher. "J’ai travaillé dans tous les secteurs possibles, du lait aux parfums de luxe. Cela aura été deux années riches sur le plan de l’apprentissage, auprès des entreprises et des experts. J’ai aussi bénéficié de beaucoup de coaching et de formation", se souvient-elle.
Des réalisations structurantes
Isabelle Albertalli profitera ensuite de l’opportunité offerte par McKinsey de faire une année de pause, pour entreprendre un Master of Business Administration (MBA) à l’INSEAD. Dans l’idée, toujours, de tirer parti d’un maximum d’opportunités. Désireuse d’explorer l’Asie, Isabelle Albertalli intègrera donc cette formation en y choisissant d’ailleurs des électifs liés aux matières sociales, à impact ou de durabilité. Après un bref passage sur le campus de Fontainebleau, direction Singapour. Là-bas, plus de cent nationalités sont représentées et tout autant de profils différents. "J’avais notamment un groupe de travail de six personnes, avec qui j’ai réalisé des projets toute l’année. Cela m’a appris à travailler avec des personnes dont je n’étais proche ni sur le plan des codes de travail, ni en termes de culture. Moi qui venais du monde du conseil, j’avais été formée à aller à l’essentiel, au ‘80/20’, alors que ceux issus de l’industrie rentraient beaucoup plus dans le détail", se souvient Isabelle Albertalli.
De retour dans les bureaux parisiens de McKinsey en 2019, elle se spécialisera plus encore dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Isabelle Albertalli se souvient par exemple d’une mission auprès du gouvernement belge, dans l’idée d’évaluer la soutenabilité pour les professeurs d’une réforme des heures de cours. "Par hasard, en écoutant un podcast de Chance, j’ai aussi compris que les sujets qui m’intéressaient vraiment étaient ceux qui avaient un impact à la plus grande échelle possible. Ce fut une réalisation intéressante pour la suite de ma carrière", sourit-elle. Au fil du reste des années qu’elle passera chez McKinsey, Isabelle Albertalli prendra aussi goût au management. Autant de signes révélateurs pour la prochaine étape de son parcours.
Car c’est alors qu’elle rencontrera un membre du comité exécutif de Bpifrance. "C’était une conversation à bâtons rompus, au fil de laquelle nous avons abordé de nombreux sujets différents. Il m’a toutefois été signalé qu’une équipe autour du climat allait se structurer et qu’un poste pour la diriger serait donc ouvert. Les missions que cela représentait me parlaient : embarquer une transformation interne, restituer au comité exécutif, échanger avec des ministères, aller sur le terrain, occuper une fonction transverse, gérer une équipe… si j’étais loin d’être une experte du climat, je savais que cela couvrait des compétences que je maîtrisais déjà après mon expérience chez McKinsey", explique Isabelle Albertalli.
Une mission à tous les étages
Un échange fructueux : le 25 avril 2022, elle deviendra la directrice climat de la banque publique d’investissement française. Le premier plan climat de Bpifrance avait été lancé à la fin de l’année 2020 et une équipe dédiée à la question existait déjà. Mais l’idée était d’aller plus vite. Et surtout plus loin. Alors au terme de deux mois d’immersion, au fil desquels Isabelle Albertalli aura épluché des rapports sur l’écologie, la biodiversité et interagi avec des experts, la machine se met en marche. Au début de l’année 2023, la direction climat de Bpifrance est officiellement créée et compte aujourd’hui une dizaine de membres.
Cette dernière est présente sur tous les fronts, puisque les plans climat de Bpifrance sont transverses et utilisent l’ensemble des savoir-faire de la banque. Prêts verts, garanties vertes, missions de conseil, investissements directs et indirects, communication, digital, risques, direction financière, internationale… l’équipe d’Isabelle Albertalli les aide à adapter leurs dispositifs, en s’appuyant sur les remontées de terrain où la dirigeante se rend toutes les deux semaines, à challenger leur stratégie concernant le climat et à assurer une bonne coordination entre tous les métiers sur ces sujets. "Nous apportons l’expertise climatique : par exemple comment qualifier un projet de "vert", quels leviers actionner en fonction de chaque secteur, comment embarquer les dirigeants selon les enjeux climatiques les plus prioritaires pour eux. Nous avons ensuite 25 coordinateurs climat sur tout le territoire qui aident tous les chargés d’affaire à proposer ces dispositifs aux dirigeants selon leur niveau de maturité", souligne-t-elle. Le tout, également, en animant la communauté du "Coq Vert", qui permet de réunir les patrons engagés sur la question climatique.
Le travail et la stratégie sont synchronisés avec le comité exécutif de Bpifrance, afin d’identifier quels chantiers seront à attaquer par la suite et la direction climat siège également au sein du comité de management général - soit le comité exécutif élargi - de la banque. Alors que les 20 milliards d’euros du premier plan climat auront finalement été déployés avec un an d’avance, cap sur la suite. Pour celui en cours, doté de 35 milliards d’euros à l’horizon 2028, une enveloppe annuelle de cinq à sept milliards d’euros sera répartie entre le verdissement des acteurs les plus polluants, le développement de nouvelles solutions grâce au soutien à l’innovation et l’essor des énergies décarbonées, avec une grande priorité donnée à la décarbonation de l’industrie.
Les défis qui seront à relever sont donc bien identifiés. "Il y a de vrais progrès, mais nous avons besoin d’aller plus vite. Il y a certaines filières au sein desquelles nous aimerions que tout accélère et de manière plus systémique, qu’il y ait en fait plus d’entreprises qui prennent des risques en réinventant leurs modèles d’affaires et en se questionnant sur la manière dont elles évolueraient dans un monde bas carbone. Le but n’est pas de faire de l’écologie punitive, ce n’est pas notre approche. Mais plutôt de créer un effet boule de neige. D’où l’importance de l’entraide entre les dirigeants qui se réunissent au sein de la communauté du Coq Vert", assure Isabelle Albertalli.
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