Feuilleton de l'été / Jean-Philippe Thierry / France Industrie / Start Industrie
Feuilleton de l'été
Jean-Philippe Thierry / France Industrie / Start Industrie
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Jean-Philippe Thierry, directeur Innovation et Industrie du futur chez France Industrie et co-fondateur et vice-président de Start Industrie
Charles Péguy écrivait que "Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre un réservoir sans fin pour les âges nouveaux". Une citation que Jean-Philippe Thierry, directeur Innovation et Industrie du futur chez France Industrie, mais également vice-président et co-fondateur de Start Industrie, affectionne tout particulièrement. Et pour cause : pour ce jeune dirigeant qui a l’industrie dans le sang, elle représente ce pour quoi elle lui importe tant. "J’ai grandi dans un village à dominante agricole de 250 habitants en Champagne, ce qui a nourri mon attrait pour le terroir et le patrimoine. C’est ce que ce que l’on retrouve dans l’industrie, car c’est une activité économique concrète, qui fabrique des choses tangibles et qui fait le lien entre un savoir-faire transmis et l’innovation du monde d’aujourd’hui, entre notre histoire et l’avenir. Il y a une vraie cohérence entre toutes ces notions. Je pense que c’est le fil rouge de mon parcours", explique-t-il, à l’occasion d’un entretien à WanSquare.
Attiré par les questions de souveraineté, les sujets de défense ou encore ceux d’intelligence économique, c’est assez naturellement que Jean-Philippe Thierry se dirigera tout d’abord vers des études de droit et de sciences politiques. "Je me suis aussi posé la question d’une carrière militaire, mais je me suis rendu compte que c’était avant tout un métier de vocation et que je ne l’avais pas suffisamment. J’ai néanmoins pu concrétiser cette envie en suivant une formation initiale d’officier dans la Marine nationale et en m’engageant comme réserviste opérationnel", se souvient-il.
Ses diplômes en poche, il fera directement son entrée dans l'univers de l'industrie par la grande porte, chez Thales, où il aura travaillé pendant un an et demi sur les sujets de conformité des activités du groupe. Il fera ensuite un détour par la Malaisie, à Kuala Lumpur, chez Global Asia Risk. "Nous intervenions auprès de grands groupes occidentaux qui avaient des intérêts à défendre dans la région, principalement des entreprises de l’industrie pharmaceutique, du secteur des vins et spiritueux ou du luxe", explique Jean-Philippe Thierry. Et de retour en France, l’intérêt qu’il porte à l’industrie de la défense ne l’aura définitivement pas quitté.
De Dassault Aviation à la pandémie
Car c’est cette fois chez Dassault Aviation qu’il signera son entrée. Tout d’abord affairé à traiter des sujets de conformité, il continuera sa carrière au sein du groupe en qualité de responsable d’affaires institutionnelles pour le marché de la défense, auprès de la direction générale internationale. "J’y faisais le lien avec les ministères français sur les activités d’exportation de Dassault Aviation : ministère des Armées, des Affaires Étrangères, Bercy, ou encore quelques agences d’État qui ont un regard sur ce qu’il s’y passe", souligne Jean-Philippe Thierry.
Au fil des près de huit années passées dans le groupe, il en aura aussi profité pour retourner sur les bancs de l’université, en réalisant un Master of Business Administration (MBA) à l’IAE Paris, la "business school" de la Sorbonne. "J’avais envie d’élargir mon champ de vision professionnel et de compétences, de redonner une couleur un peu plus business à mon profil. J’ai donc repris mes études pendant un an et demi, tout en travaillant chez Dassault Aviation en parallèle. Mes soirées et mes week-ends étaient pris par cette formation, cela a été assez éprouvant mais j’en suis ressorti grandi. Et surtout, avec de nouvelles compétences que je mets effectivement à profit aujourd’hui", retrace le dirigeant.
Vint ensuite l’année 2020. Une période marquée par la pandémie de Covid-19 et durant laquelle Jean-Philippe Thierry rejoindra également les rangs de France Industrie. "J’y suis arrivé à un moment crucial, où l’on s’est rendu compte des fragilités de l’industrie française et tout particulièrement de nos dépendances vis-à-vis de l’étranger sur certains approvisionnements stratégiques. Cela a été une prise de conscience sans précédent, ce qui nous pousse à travailler depuis quatre ans et demi à créer les conditions de la relance industrielle de la France", souligne-t-il.
Sa propre aventure entrepreneuriale
Effectivement, le travail ne manque pas à l’appel. L’heure est à la réindustrialisation de la France et les enjeux sont multiples : foncier, approvisionnement, relocalisation… "Mon périmètre premier chez France Industrie est celui de l’industrie du futur et de l’innovation, soit de réfléchir à la manière dont on fait de cette dernière et de la transformation numérique des entreprises un levier de compétitivité. Cela a été l’occasion de me pencher sur une nouvelle typologie de sociétés qui n’était, auparavant, pas particulièrement considérée : les start-ups et les scale-ups industrielles. Nous avons alors réalisé que de plus en plus d’acteurs émergents, notamment issus de la recherche, prenaient davantage de place dans le paysage économique et qu’il fallait structurer l’écosystème. C’est de là qu’est partie l’idée de fonder Start Industrie", retrace le dirigeant.
Car il se trouve que dans le cadre de ses fonctions de directeur de l’innovation et de l’industrie du futur chez France Industrie, Jean-Philippe Thierry aura été amené à faire une sorte de "tour de France" des acteurs de cet écosystème. Des fonds d’investissement aux organismes d’État qui interviennent dans l’innovation, en passant évidemment par les entreprises, il aura consacré un certain temps à sonder et consulter les grands protagonistes de l’innovation industrielle afin de comprendre comment répondre aux besoins des dirigeants d’un point de vue objectif. C’est ainsi qu’il rencontrera deux fins connaisseurs du sujet : le co-fondateur d’Ynsect, Antoine Hubert et la co-fondatrice d’Euveka, Audrey-Laure Bergenthal, avec qui Jean-Philippe Thierry s’associera pour lancer Start Industrie.
L’idée était donc là, mais encore fallait-il la rendre concrète et faire naître l’association. "C’était un projet entrepreneurial, c’est un peu ma start-up à moi. Il a fallu rédiger les statuts, trouver des financements, construire une offre, mettre en place une stratégie d’affaires publiques, une communication et des outils pour le fonctionnement de l’organisation, faire venir des adhérents, recruter… en clair, tout ce qui correspond à la création d’une entreprise", explique-t-il. Le tout sous l’œil bienveillant de ses dirigeants, le président de l’association Alexandre Saubot et de son vice-président, le président-directeur général de Thales Patrice Caine, souligne Jean-Philippe Thierry : "Ces jeunes entreprises sont les futures grandes de demain, elles font partie de l’élan de réindustrialisation du pays et contribuent à la compétitivité et au rayonnement du secteur. Le lien entre France Industrie et Start Industrie se traduit par l’adhésion de la première association à la seconde. C’est une reconnaissance de la grande famille de l’industrie vis-à-vis des acteurs émergents, puisque France Industrie regroupe des acteurs historiques de l’industrie comme les associations de la métallurgie, de l’aéronautique, de l’automobile ou de l’électrique qui sont très anciennes".
Des avancées et des défis
Du plaidoyer à la mise en relation, les tâches de Start Industrie sont vastes. Objectif ? Créer les conditions de croissance sur les plans business et politique les plus favorables qui soient à la montée en puissance des jeunes pousses industrielles. "Par exemple, le droit ne permet pas aujourd’hui à un robot agricole autonome de traverser un chemin entre deux champs, car c’est une voie publique", illustre Jean-Philippe Thierry. Et alors que l’association a été lancée il y a environ deux ans, le dirigeant mesure déjà le chemin parcouru : "Il y a eu de nombreuses avancées, pas seulement de notre fait, mais nous y avons grandement contribué. Je pense notamment à l’initiative Je choisis la French Tech, qui a été lancée par le gouvernement et qui incite les grandes entreprises et les administrations à acheter davantage auprès des start-ups. C’est un vrai levier de croissance, Space X ne serait pas devenu ce qu’il est sans les commandes publiques. Dans le cadre de France 2030, nous avons aussi obtenu une poche non négligeable de 2,3 milliards d’euros pour financer les start-ups industrielles. Entre le Secrétariat général pour l’investissement, Bpifrance, la Banque des Territoires, Bercy, les dirigeants ou encore les acteurs financiers privés, nous avons une diversité d’interlocuteurs de grande qualité. Cela rend forcément le travail d’autant plus passionnant".
Fort de ses deux casquettes, Jean-Philippe Thierry est aujourd’hui un peu plus en retrait de la gestion opérationnelle de Start Industrie, en ses qualités de vice-président, tout en assurant ses fonctions chez France Industrie. Dans tous les cas, qu’il s’agisse de l’association qui représente les acteurs émergents ou de son travail en lien avec l’innovation chez France Industrie, les défis à relever restent encore nombreux. "Nous savons que le regard des Français a changé au sujet de l’industrie. Celle d’aujourd’hui est digitale, robotisée, les nouvelles usines se fondent bien dans le paysage et ont un impact environnemental le plus sobre possible, emploient localement à des salaires plus élevés que dans les services… cette notion d’image est importante car nous avons besoin d’attirer des talents. Ce sont les hommes et les femmes qui font l’industrie", remarque Jean-Philippe Thierry.
Passionné par les questions sur lesquelles il travaille, le dirigeant reste donc concentré sur ses objectifs, sur les prochaines étapes qui seront à franchir et les sujets auxquels il consacrera du temps. "Le fait de naviguer dans cet environnement me donne l’occasion de réaliser pour une multiplicité de dirigeants des introductions auprès d’investisseurs, de grandes entreprises, au sein de filières industrielles… Faire de la mise en relation business est quelque chose qui me plaît de plus en plus. Et à titre personnel, les entreprises du patrimoine vivant comme celles de la filière de la mode et du luxe par exemple m’émeuvent tout particulièrement : c’est l’exemple parfait de la manière dont on peut réussir à faire vivre un héritage dans le monde d’aujourd’hui. Elles incarnent ce fameux trait d’union entre le terroir, les territoires, le savoir-faire et l’innovation qui me parle tant dans l’industrie", appuie Jean-Philippe Thierry.
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