Feuilleton de l'été / Qonto / Philippine Rougevin-Baville
Feuilleton de l'été
Qonto / Philippine Rougevin-Baville
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Philippine Rougevin-Baville, directrice générale France de Qonto
Un problème à résoudre peut toujours être considéré comme l’opportunité de trouver une solution. C’est de cette manière dont Philippine Rougevin-Baville, la directrice générale France de Qonto, aime à voir les choses. Une philosophie, conjuguée à l’attrait du concret et de l’expérience du terrain, qui a plus ou moins toujours guidé ses choix. Mais aussi sa manière d’exercer ses fonctions de dirigeante. Aujourd’hui et depuis neuf mois en charge de piloter les activités du marché historique du leader européen de la gestion financière pour les PME et les indépendants, elle explique à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare : "Nous offrons aux PME et TPE des solutions pour faciliter leur gestion financière. Quand on prend un peu de recul, ces entreprises représentent 99 % des sociétés françaises et 50 % des emplois. En arrivant chez Qonto, j’ai pu m’immerger dans le quotidien de nombreux Français et plonger dans la réalité de notre économie. Ces entreprises ont besoin qu’on leur facilite la vie. Moi qui suis perpétuellement stimulée par l’envie de comprendre, on peut dire que je suis dans le cœur du réacteur".
La dirigeante se souvient bien que cette envie d’assimiler des connaissances et de trouver des solutions est ce qui l’a toujours animée. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle débutera son parcours par une classe préparatoire scientifique au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine. "C’est comme cela que j’ai commencé les mathématiques et la physique, je n’avais pas d’idée préconçue sur ce qu’allait être ma carrière. Mais c’était la voie la plus naturelle pour moi afin de prendre du plaisir à résoudre des problèmes toute la journée", sourit-elle.
Des souvenirs qui nourrissent l’après
Une période dont elle garde un souvenir heureux. "Tout d’abord parce que je m’amusais dans ce que je faisais. Et dans le cadre d’une discussion de carrière, c’est bien ce qui continue à me guider. Je me suis aussi fait de très bons amis, ce qui m’a offert un cadre de stimulation intellectuelle au sein duquel on se tirait vers le haut", se souvient-elle.
Deux années de "prépa" lui suffiront finalement à intégrer Polytechnique. À son arrivée à l’X, le traditionnel stage de formation militaire débute. Après les trois mois de tronc commun avec l’ensemble de sa promotion, Philippine Rougevin-Baville choisira de poursuivre l’expérience du côté de la gendarmerie. Et pour cause : cette cavalière avait, avant tout, envie de rejoindre le Régiment de Cavalerie de la Garde Républicaine à Paris. De missions marquantes et de cette expérience en général, la dirigeante en tirera des leçons dont elle use encore aujourd’hui. "Au-delà de la richesse d’avoir l’opportunité d’être sur le terrain, j’ai aussi beaucoup appris sur la communication au sein d’une équipe, sur les différences et la complémentarité entre un officier et ses sous-officiers, que l’on peut mettre en parallèle avec un manager et ses équipes. Cela a nourri mon approche du management dans la mesure où je veux qu’il soit proche du terrain. Ceux qui sont bons dans ces fonctions sont à l’écoute et au service de l’autonomie et de l’excellence de leurs équipes, afin de pouvoir les mettre en condition de réussite", souligne-t-elle
Les premiers pas
Soucieuse de découvrir le plus de sujets possibles et résolument attirée par le monde de l’entreprise, Philippine Rougevin-Baville complétera son cursus à Polytechnique par un master de management à l’Imperial College Business School de Londres. Entre-temps, elle avait aussi effectué un stage chez Roland Berger. Le cabinet de conseil lui avait alors fait une offre pour venir y travailler à la fin de ses études et c’est ainsi qu’elle y débutera sa carrière. "On dit souvent que le conseil en stratégie est une école de dirigeants, parce que cela permet de voir à 360 degrés et très précisément l’ensemble des problématiques que peut rencontrer une entreprise. Mais aussi de se former à l’agilité", remarque-t-elle.
Plus particulièrement spécialisée dans le secteur du retail, Philippine Rougevin-Baville aura néanmoins eu l’occasion de découvrir nombre d’industries et de sujets, allant de l’amélioration opérationnelle du parc de ventes de marques françaises au plan de restructuration d’une usine de transformation d’aluminium. Finalement, en 2017, elle fut informée par un ancien manager de chez Roland Berger, parti chez Meta (qui était encore Facebook) qu’une ouverture de poste dans le groupe pourrait lui correspondre. Et c’est ainsi qu’elle signera son entrée dans les bureaux parisiens de la Big Tech américaine.
Construire une diversité au sens large
"Mon ancienne manager était une employée historique, peut-être la centième de Facebook. Elle était passionnée par le luxe et avait donc décidé de s’expatrier à Paris pour monter une verticale qui serait dédiée à cette activité. Elle cherchait un bras droit pour structurer son approche stratégique et les opérations internes. C’est comme cela que je suis arrivée chez Meta", retrace la polytechnicienne. Alors que la firme tire la quasi-intégralité de ses revenus de la publicité, la mission de Philippine Rougevin-Baville en tant que responsable des opérations commerciales du luxe pour Facebook et Instagram, était claire : structurer ces opérations pour que le message à destination des clients (soit de grandes maisons de luxe qui achetaient des espaces publicitaires) soit aligné et que le travail soit efficace entre les différentes équipes.
Cela aura également été l’occasion pour la dirigeante d’exercer un rôle commercial, en discutant des problématiques business avec les clients et en allant sur le terrain pour les comprendre. En soulignant à quel point cette expérience a forgé sa casquette opérationnelle, la directrice France de Qonto observe aussi que cela lui aura permis de comprendre pourquoi la diversité au sein d’une équipe était cruciale : "J’ai le souvenir d’un de mes premiers rendez-vous clients, avec les directeurs créatif et artistique d’une maison de luxe. J’y suis arrivée avec ma présentation de consultante, fournie en slides et en chiffres. J’ai réalisé à ce moment-là que j’étais partie du principe qu’ils raisonnaient comme moi. J’ai appris de cette expérience qu’il y a autant de schémas décisionnels qu’il y a de personnes, et que construire une équipe diverse permet d’enrichir les réflexions individuelles et de prendre de meilleures décisions. Je pense évidemment à la diversité hommes-femmes, mais également, et c’était le cas de mon exemple, à la diversité cognitive, au sens de la diversité d’approche des sujets et des façons de réfléchir".
L’appel de Qonto
Trois années et demie se sont écoulées, au fil desquelles la dirigeante continuera à évoluer chez Meta. C’est alors qu’elle se fera finalement contacter par un employé de Qonto, dans le cadre (encore) de l’ouverture d’un poste : celui de directrice de cabinet des deux fondateurs de l’entreprise, Alexandre Prot et Steve Anavi. "Cela me paraît dingue aujourd’hui, au regard de la trajectoire réalisée, mais je ne connaissais pas particulièrement l’entreprise à l’époque. Mon mari était déjà dans la French Tech et m’a tout de suite dit : 'Qonto crée un produit exceptionnel, l’équipe est brillante, tu devrais aller voir' ", se souvient-elle.
Les deux fondateurs souhaitaient en fait embaucher quelqu’un pour structurer leur approche et animer le comité de direction, afin de prendre les bonnes décisions, sur les bons sujets, au bon moment. L’idée de rejoindre Qonto séduit alors la parisienne, et se renforce d’autant plus après avoir rencontré les deux fondateurs de l’entreprise. Effectivement, Philippine Rougevin-Baville ne vient absolument pas du monde de la fintech. Et le poste s’annonce comme un challenge. "C’est exactement ce qui m’a motivée, j’ai tout de suite voulu me jeter à l’eau après avoir échangé avec eux", raconte-t-elle.
L’obsession des clients
À compter de juin 2020 et pendant trois ans et demi, Philippine Rougevin-Baville sera ainsi la "Chief of Staff" de Qonto, à travailler sur des sujets divers et variés, allant de la communication interne à la mise en œuvre de la philosophie et la méthode de travail de l’entreprise, le "Qonto Way". Son envie de revenir à des fonctions plus opérationnelles aura finalement coïncidé avec l'opportunité de reprendre le poste de directrice générale France de Qonto. Une entreprise avec laquelle elle se sent alignée, notamment au regard de cette culture qui lui est chère. "J’ai passé des années à conseiller des dirigeants et j’ai pu observer que la meilleure manière de prendre une décision, vite et bien, était d’aller directement parler aux clients. Nous avons cette obsession chez Qonto, qui est fondamentale. Le client "moyen" n’existe pas, il faut sans cesse revenir à l’échelle micro pour comprendre les points sur lesquels mettre de l’énergie. Je suis ingénieure de formation, j’ai une approche quantitative. Mais les chiffres doivent seulement permettre de donner un signal quant aux sujets à creuser", pointe-t-elle.
Force est de constater que cela porte ses fruits, puisque Qonto est désormais l’une des entreprises les plus incontournables de la French Tech. Forte de plus de 620 millions d’euros levés depuis sa création, la fintech emploie plus de 1 600 personnes, est présente sur quatre marchés européens - la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne - et sert un demi-million de clients professionnels. Le but : atteindre le million d’ici la fin de l’année 2025. "La France, qui est le marché historique de Qonto, aura évidemment un rôle moteur dans la poursuite de cette croissance et dans l’atteinte de notre objectif de rentabilité d’ici à 2025, ce qui nous permettra aussi d’avoir davantage de flexibilité financière", anticipe la directrice France de Qonto. Investie et alignée sur les objectifs de l’entreprise, Philippine Rougevin-Baville ne compte résolument pas dévier de sa trajectoire. "Je souhaite avant tout continuer à être stimulée tous les jours et à apprendre, auprès de nos clients et auprès des gens avec qui je travaille. Un plus un font toujours trois", appuie la dirigeante.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

