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Michelin contraint de rationaliser son empreinte industrielle en France / Le secteur automobile face à ses surcapacités

Sous l’effet de la concurrence asiatique et d’une compétitivité européenne érodée, Michelin va fermer deux de ses sites français d'ici 2026, une décision qui illustre les difficultés des équipementiers automobiles face à un marché européen en perte de vitesse. Une nouvelle illustration de la difficulté à enrayer la désindustrialisation française, malgré les efforts du groupe pour préserver son ancrage dans l’Hexagone.
Michelin ferme ses usines de Cholet Vannes - AFP
Michelin ferme ses usines de Cholet Vannes - AFP

C’est une hémorragie qui s’opère à bas bruit. L’empreinte industrielle en France des grands équipementiers automobiles tricolores se rétrécit. Le phénomène n’épargne pas Michelin. La multinationale auvergnate est pourtant l’archétype de l’entreprise mondialisée souhaitant conjuguer son internationalisation avec le fort enracinement à son territoire. Cela ne l’a pas empêché d’annoncer mardi la fermeture de ses usines de Cholet de Vannes. Les deux sites, qui emploient 1254 personnes au total, s’arrêteront de produire au plus tard en 2026.

Une "décision devenue inéluctable en raison de la transformation structurelle du marché des pneumatiques Tourisme-Camionnette et Poids Lourd", d’une part, "et de la dégradation de la compétitivité de l’Europe " d’autre part. Tandis que le deuxième argument vient apporter de l’eau moulin de Mario Draghi, le premier dépeint une situation difficile en matière de volumes sur les marchés clés du groupe.

Des marchés où la clientèle s’oriente de plus en plus vers les pneus à bas prix issus principalement d’Asie, au détriment des marques premium. En dix ans, la part de marché des pneus Tourisme-Camionnette et Poids Lourd d’entrée de gamme a augmenté respectivement de 9 et 11 points au détriment des segments premium qui ont reculé de 11 et 8 points.

 

Une "absence de perspective de redressement"

 

Pour le site de Cholet, qui fabrique principalement des pneus Camionnette de 17 pouces et moins, les volumes de production sont passés de 4,375 millions environ en 2019 à 2,625 millions environ en 2024. De son côté, le site de Vannes, qui produit essentiellement des renforts métalliques, c’est-à-dire des câbles, destinés à la fabrication des pneumatiques Poids Lourd et Tourisme, la production a décru de 41 000 tonnes en 2019 à 34 000 tonnes prévus en 2024. Dans les deux cas, Michelin souligne l’absence de perspective de redressement.

Malgré ces deux fermetures, l’ancrage du groupe en France va certes demeurer fort. Michelin emploie aujourd’hui dans le pays près de 19 000 salariés dont 9 000 dans l’industrie, sur 15 sites. Après l’arrêt des activités de Cholet et Vannes, la France restera le premier pays industriel du groupe en Europe, tant en nombre de sites qu’en nombre d’employés.

Au-delà de l’explication de la concurrence asiatique et des spécificités structurelles du marché du pneumatiques, cette réorganisation n’en illustre pas moins aussi la récession prolongée dans laquelle est entrée le marché automobile, dont les derniers chiffres des immatriculations en France sont une bonne illustration.

Cet environnement adverse a d’ailleurs conduit Michelin à abaisser fin octobre ses objectifs de résultat opérationnel et de ventes pour 2024. Celles-ci sont désormais prévues au mieux en repli de 4%, au pire en baisse de 6%. "Depuis plusieurs mois Michelin doit faire face à des facteurs conjoncturels négatifs de plus en plus intenses, qu'ils soient économiques, climatiques ou géopolitiques", ce qui "se traduit par une baisse significative de nos volumes de vente et une réduction de l'activité de nos usines", soulignait Florent Menegaux, le président du groupe.

 

Désindustrialisation

 

Dans ce contexte, parvenir à préserver la viabilité de sites industriels en France avec une compétitivité dégradée par l’inflation et la hausse des prix de l’énergie relève plus que jamais d’une gageure. Avant Michelin, les équipementiers Forvia et Valeo, ont fait le même constat. Le premier avait présenté en début d’année un plan d’action, baptisé "EU-Forward", d’adaptation de son empreinte industrielle. Le second a annoncé au milieu de l’été la fermeture de trois de ses sites français. Un mouvement déjà amorcé de longue date par les constructeurs - la production française de Renault ne s'éleve qu'à 10 % de sa production totale - qui illustre combien il est difficile d'enrayer la longue tendance de désindustrialisation du pays.

Pour lutter contre cette fatalité, Michelin joue déjà sur tous les leviers possibles. Depuis dix ans, le groupe a investi 1,5 milliard pour moderniser son outil industriel, et c’est en France qu’il développe un large panel de ses activités à très forte valeur ajoutée dans le cadre de sa stratégie Michelin in Motion 2030, comme la fabrication de pneus de grande taille et de spécialités à fort contenu technologiques, les solutions connectées de gestion des flottes de transport, et le développement de nouvelles activités hors pneumatiques dans les composites.

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