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Dirigeants, gouvernance

Dirigeants, gouvernance

exclusif L’année 2025 vue par… Ben Page / Directeur général d'Ipsos

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2025 après une année 2024 marquée notamment par des tensions géostratégiques toujours aussi prégnantes, le début de la normalisation monétaire, de fortes incertitudes politiques en France ou encore la prise de conscience collective du décrochage de l’Europe. Chaque jour, nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez et leurs attentes pour l’année qui vient. Une série à lire, partager et conserver précieusement.

Quel est votre scénario de croissance en Europe et en France pour 2025 ? De quelle manière les risques géopolitiques (Ukraine, Moyen-Orient, nouvelle administration Trump, élections fédérales allemandes) sont-ils susceptibles d’affecter vos prévisions ? Comment anticipez-vous leurs impacts sur vos activités ?

Le contexte macroéconomique et géopolitique est marqué par une grande incertitude, notamment en raison des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, des changements engendrés par le mouvement "MAGA" (Make America Great Again) sous Trump, de l’instabilité politique en France et de l’issue encore inconnue des prochaines élections fédérales en Allemagne. En y ajoutant les effets du dérèglement climatique, on peut s’attendre à une volatilité continue du marché, impactant le sentiment des consommateurs et les décisions d’investissement des entreprises à travers l’Europe. Cependant, notre part de marché représentant environ 5 % au niveau mondial, notre performance globale, si elle est affectée par ce climat d’incertitude, l’est tout autant en raison des conditions de marché locales. Cette année, nous avons surtout progressé en Amérique latine, dans certains pays d’Europe continentale et au Moyen-Orient, mais avons enregistré une performance plus faible aux États-Unis, en Chine et dans la région APEC. Notre priorité stratégique d’améliorer la marge brute, qui a enregistré une solide augmentation de près de 5 % depuis le début de l’année, combinée à une bonne discipline financière, nous a permis de continuer à investir dans le développement de plateformes automatisées et de solutions d’IA générative. Ces investissements sont cruciaux pour maintenir notre objectif de marge opérationnelle annuelle d’environ 13 %.

 

 

L’année 2024 a été celle des rapports Draghi, Noyer, Letta et du constat du décrochage de l’Europe. Quelles sont les mesures d’urgence à prendre au niveau européen pour renverser la vapeur et sortir l’Europe de la tenaille USA-Chine ?

L’Europe fait face au défi de devoir d’un côté investir dans les infrastructures, les compétences et la R & D, et de l’autre réduire les barrières commerciales internes, gérer le déclin démographique et augmenter les dépenses relatives à la défense, le tout dans un climat électoral en forte tension. Y parvenir est un énorme défi politique - et implique que nos populations de plus en plus diversifiées fassent des compromis pour un avenir plus sûr. Chez Ipsos, nous soutenons ces évolutions en fournissant des insights fiables, reposant sur l’analyse de l’opinion publique, les études de marché et les évaluations d’impact. Nous aidons ainsi les décideurs politiques et les entreprises européennes à prendre des décisions éclairées qui favorisent une croissance durable et renforcent leur compétitivité sur la scène mondiale. In fine, ce sont nos dirigeants politiques qui doivent se montrer à la hauteur. Pour reprendre une formule d’une époque maintenant révolue : "On ne conduit le peuple qu’en lui montrant un avenir : un chef est un marchand d’espérance". Aujourd’hui, c’est bien d’espérance dont nous avons besoin.

 

 

Comment prenez-vous en compte dans vos réflexions stratégiques la mise en place de barrières douanières et ses conséquences possibles en termes de démondialisation ?

Pour Ipsos, la déglobalisation se manifeste principalement par une exigence accrue de souveraineté nationale dans la gestion des données. Cela entraîne une complexité supplémentaire quant aux infrastructures nécessaires pour se conformer aux différentes réglementations mondiales. L’effet de la déglobalisation sur les chaînes d’approvisionnement de nos clients nous impacte aussi indirectement : ils doivent continuer à réduire les coûts, tout en comprenant les nouvelles attentes des consommateurs qui, dans un contexte de tensions géopolitiques mondiales, privilégient les produits locaux – comme en témoignent par exemple les défis rencontrés par les multinationales américaines au Moyen-Orient compte tenu de la situation à Gaza.

 

 

Comment anticipez-vous l’instabilité politique française avec ses conséquences éventuelles notamment en matière fiscale et sociale sur vos activités ?

Ipsos est une entreprise mondiale opérant dans 90 marchés. La France représente 6 % de notre activité mais, depuis le début de l’été, l’instabilité macroéconomique et politique dans le pays a notablement ralenti la prise de décision et les dépenses de nos clients. Compte tenu des derniers événements, on peut prévoir un resserrement budgétaire impactant les entreprises de divers secteurs. Nous restons très attentifs à ces évolutions, en évaluant leurs implications sur la confiance des consommateurs et les tendances globales du marché.

 

 

Depuis cinq ans la productivité est en baisse régulière en France, comment appréciez-vous celle-ci dans votre groupe et quels impacts cela peut-il avoir en termes d’emplois ?

Au sein d’Ipsos, nous développons des technologies de pointe qui permettent d’améliorer l’efficacité, comme l’Intelligence Artificielle, et menons des initiatives d’optimisation des processus qui stimulent la productivité. Notre objectif est d’augmenter les investissements dans de nouvelles technologies tout en préservant nos marges. Nous investissons activement dans la montée en compétences de nos collaborateurs, en particulier au travers de notre plateforme d’IA générative sécurisée "Ipsos Facto". Nous visons ainsi à soutenir un emploi durable et à contribuer à la stabilité économique.

 

Depuis dix ans, on parle de simplification sans jamais la faire, au niveau français comme européen (discussion sur l’abandon partiel des obligations de déclaration de la directive CSRD). Néanmoins, tous les groupes font face à une complexification accrue. Quelles seraient vos propositions dans votre secteur d’activité en matière de simplification (administrative, fiscale, territoriale, …) ?

La CSRD est un levier clé pour accroître la transparence et la responsabilité des entreprises en matière de durabilité à travers l’Europe. Bien que la directive élargisse nos exigences de reporting, augmentant ainsi les coûts administratifs, elle nous incite, ainsi que notre chaîne d’approvisionnement, à examiner rigoureusement notre empreinte carbone et notre impact social. Environ 80 % du public mondial affirme que nous nous dirigeons vers une catastrophe environnementale si nous ne changeons pas nos habitudes – nous pensons qu’ils ont raison, donc nous devons agir, tout en parvenant à concilier cela avec les attentes des marchés financiers.

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