Benjamin Fremaux : deux pieds chez Messier Maris, un œil sur le public
Arrivé chez Messier Maris à 34 ans, Benjamin Fremaux fait remarquer qu’il a épousé assez tard la profession de banquier d’affaires. Ce constat -plutôt juste- fait pourtant sourire, quand on regarde de plus près le curriculum vitae de l’intéressé. Son CV est en réalité celui d’un homme très en avance. A 28 ans, il travaillait pour Christine Lagarde, alors ministre de l’Economie. A la question de savoir s’il n’était pas trop jeune pour tel un poste, Benjamin Fremaux, Polytechnicien, avait convaincu l’actuelle directrice du FMI que la valeur n’attend point le nombre d’années en lui rétorquant qu’il avait "l’âge d’être maire de Neuilly". Faisant ainsi référence à Nicolas Sarkozy, qui avait pris les rênes de la ville au même âge. Benjamin Fremaux a par ailleurs été dès ses 31 ans propulsé à la tête de la stratégie et des fusions et acquisitions chez Areva. A ce rythme-là, sa carrière promet encore de très belles choses.
Tout a commencé en prépa sur les bancs d’Henri IV, où il a également rencontré sa moitié. Une future membre du Corps de Mines, comme lui, qui travaille désormais chez Engie et qui lui a donné une petite fille âgée de trois ans aujourd’hui. Le premier contact de Benjamin Fremaux avec le monde du travail s’est fait lors d’un stage de chef de garde chez les pompiers de la capitale. Il découvre alors "la face sombre de Paris" et y apprend -raconte-t-il avec humour- à mettre "50 costauds au garde à vous". Celui qui a grandi à Vanves, poursuit ensuite sur le terrain, que ce soit à Roubaix pour La Redoute où en Asie pour Kering.
L’aventure continuera à Montpellier, où il a d’ailleurs gardé un petit pied à terre pour satisfaire ses envies de kytesurf. A la Drire (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement), où il était en charge du développement économique et chargé de mission auprès du Préfet, il est au contact du tissu économique régional. C’est à l’occasion d’un déplacement sur le terrain qu'il y rencontre Christine Lagarde. "J’avais vraiment envie de travailler pour elle. Elle a du charisme, de la hauteur de vue et un vrai leadership. En outre, Bercy est un vrai lieu de décision et de mise en œuvre des réformes", souligne Benjamin Fremaux.
Et c’est sur le volet réformes fiscales que celui qui était "un peu pioupiou à l’époque", débutera au sein du ministère. Il travaillera sur la réforme de la taxe professionnelle "qui n’a pas été remise en cause" et sur la taxe carbone qui, elle, sera retoquée par le Conseil constitutionnel. "C’était une vraie déception mais elle a finalement été reprise sous une autre forme par le gouvernement suivant", souligne Benjamin Fremaux. Ce dernier planchera ensuite sur une matière plus proche de son cœur de métier : l’énergie et l’industrie. Il réfléchira notamment à la nouvelle organisation du marché de l’électricité. "J’étais sur des projets concrets de reformes avec un vrai impact pour des dizaines de millions de personnes. C’était assez grisant", ajoute l’intéressé.
L'expérience Areva
Après deux ans de cette "période un peu hors normes", il fait affaire avec Anne Lauvergeon -également ancienne du Corps des Mines- pour rejoindre Areva, en tant que directeur de la stratégie et des fusions & acquisitions. Quelques mois après sa prise de poste, un événement vient bouleverser le paysage : Fukushima. Luc Oursel, qui prendra la suite de la présidente, fera confiance à Benjamin Fremaux pour mener à bien un plan massif de cessions (1,2 milliard d’euros en un an).
Le Polytechnicien aspire par la suite à un poste opérationnel et devient directeur des opérations ETC, filiale d’Areva et d’Urenco qui fabrique des centrifugeuses pour enrichir l’uranium. "L’uranium naturel n’est pas exploitable dans les centrales. C’est comme une orange qu’il faut presser pour ne garder que le jus", explique Benjamin Fremaux, qui arrive à vulgariser des sujets pas forcément évidents pour le vulgum pecus. Benjamin Fremaux partage alors son temps entre l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore l’Angleterre. "C’était une expérience dure sur le plan humain. Il y avait de forts enjeux industriels pour finir la construction des usines et dans le même temps il fallait réduire drastiquement les effectifs", raconte l’ancien patron.
Une fois les plans sociaux effectués, Benjamin Fremaux renvoie son CV sur lequel tombera Jean-Marie Messier. "J’étais assez curieux de rejoindre la banque d’affaires. Jean-Marie Messier est quelqu’un de très charmeur", poursuit notre interlocuteur. Benjamin Fremaux commence alors sa nouvelle vie en faisant le tour des parties prenantes pour alerter sur l’état de santé d’Areva. "J’avais un pitch très anxiogène mais je n’avais pas conscience de l’étendue réelle des problèmes financiers à résoudre", nuance-t-il. Au début, peu entendu, il travaillera sur la restructuration d’Areva pendant plus de deux ans. "Il fallait mettre en place un plan de restructuration massif impliquant de nombreuses cessions alors que l’entreprise souhaitait conserver son intégrité." A côté de ce dossier emblématique, Benjamin Fremaux a également sévi sur des opérations pour Total, EDF ou la famille Duval. Récemment, il a porté le rapprochement du fournisseur Direct Energie avec le producteur d'énergies renouvelables Quadran, pour lesquels des négociations exclusives ont été annoncées la semaine dernière. Une opération qui va permettre à Direct Energie de devenir le troisième acteur de l'énergie, et le premier indépendant, français.
L'énergie, comme spécialité
En matière de méthode de travail, l’expert précise ne pas aimer les books de 200 pages. Il estime que son appétence pour le management ou ses heures passées sur le terrain lui permettent d’apporter autre chose au métier de banquier d’affaires. "Ce qui me passionne, c’est de mettre en forme le technique et le complexe pour convaincre les décideurs d’agir." Benjamin Fremaux envisage-t-il de se confronter à des domaines autres que l’énergie ? S’il a par exemple travaillé sur les infrastructures, il estime qu’il "est plus aisé de construire une légitimité sur les sujets que l’on connaît le mieux puis d’élargir peu à peu ses domaines de compétences".
Et d'ajouter : "J’ai adoré mon expérience au service de l’Etat. Je l’ai prolongée chez Areva. Et chez Messier je suis toujours un peu au service de l’Etat. Je n’ai jamais vraiment coupé le lien avec le public". En effet, parallèlement, Benjamin Fremaux participe activement au débat. Il est l’auteur d’un rapport publié il y a quelques jours par l’Institut Montaigne et intitulé : Énergie : priorité au climat !. Sujet sur lequel il s’emballe facilement et qu’il aimerait voir embrassé par le nouveau Président de la République. "Les débats tournent autour des promesses des candidats. Mais le plus important, c’est la phase d’exécution, trop souvent négligée par le politique." La France ne manque en tout cas pas de matière grise.
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