Politique monétaire / Mark Carney
Politique monétaire
Mark Carney
L'optimisme de Mark Carney fait grimper la livre sterling
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre n'a pas annoncé de hausse des taux directeurs ce matin, suite à la conférence de politique monétaire du comité de la BoE. Mais son optimisme a néanmoins fait grimper la livre sterling en flèche, les analystes étant désormais quasi assurés qu'un relèvement aura lieu au mois d'août prochain. La devise britannique a ainsi progressé de plus de 0,5% contre l'euro après le discours de Mark Carney, et s'échangeait autour de 1,145 contre 1,1137 en fin de semaine dernière, tandis qu'elle prenait 0,3% contre le billet vert, à 1,3218, contre 1,317 le 19 juin.
Plusieurs éléments marquants de cette conférence de politique monétaire ont justifié l'emballent de la livre à partir de la mi-journée. Tout d'abord, le nombre de membres du comité ayant voté pour une hausse des taux a progressé par rapport à la dernière réunion. Trois sur neuf d'entre eux se sont prononcés en faveur d'un relèvement de 0,25%, l'économiste en chef de la BoE Andy Haldane, ayant rejoint McCaferty et Michael Saunders, qui avaient déjà voté pour un resserrement la dernière fois. Or Haldane est considéré comme une figure clef du comité de politique monétaire, puisque c'est lui qui est chargé de l'évaluation de la conjoncture britannique et de la prospective, dont dépendent les décisions de la BoE.
Le gouverneur lui-même s'est d'ailleurs montré plutôt optimiste concernant l'évolution de l'économie britannique dans les prochains mois, malgré le ralentissement du premier trimestre. Optimisme qui a donc également poussé la devise du pays vers le haut. Les dernières données macro publiées étaient pourtant mitigées, avec de mauvais chiffres de la production manufacturière et de la construction au mois d'avril, un ralentissement des nouveaux emplois (la dernière enquête menée par Manpower indique que les entreprises sont plus prudentes qu'avant concernant leurs intentions d'embauche). Enfin, l'inflation, un des indicateurs clef pour la stratégie monétaire de la BoE a ralenti au mois d'avril et devrait repasser sous les 2% le mois prochain, selon le consensus.
Malgré ce nombreux signaux d'avertissement, le gouverneur a préféré voir le verre à moitié plein, et interprété le récent rebond de la consommation des ménages comme le signe que le second trimestre devrait être meilleur que le début d'année. "Les Minutes de la BoE ont adopté un ton assez 'hawkish' (...) les membres du comité ayant notamment estimé que la faiblesse du premier trimestre n'était que temporaire, et que l'économie allait se remettre sur les rails", souligne ainsi Ruth Gregory, de Capital Economics. Selon lui, la BoE ne devrait donc plus attendre très longtemps avant de relever ses taux. "A condition que le PIB rebondisse et que les salaires progressent, nous maintenons notre opinion que les taux seront relevés en août et en novembre prochain", poursuit l'économiste.
Même son de cloche chez ING pour qui une hausse des taux en août est plus que probable. "Mais rien n'est garanti", tempère tout de même James Smith, d'ING. "De nombreuses données doivent encore être publiées d'ici août. Et nous sommes particulièrement inquiets de l'évolution du commerce de détail, qui a ralenti ces derniers mois". Selon l'économiste, si les chiffres étaient trop mauvais, la BoE pourrait devoir attendre quelques mois de plus avant de relever les taux.
Une chose est sûre, si le gouverneur relève les taux une à deux fois d'ici la fin de l'année, principalement pour lutter contre la hausse rapide des prix, il devrait ensuite mettre la normalisation monétaire en pause l'année du Brexit. Avec l'échéance de mars 2019 et de la sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, potentiellement sans aucun accord, et toutes les incertitudes que cela entraînera, il serait beaucoup trop risqué pour Mark Carney de continuer à relever les taux.
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