Politique monétaire / Mark Carney / Banque d'Angleterre / Brexit
Politique monétaire
Mark Carney / Banque d'Angleterre / Brexit
Le pari risqué de Mark Carney
Comme prévu, le gouverneur de la Banque d'Angleterre a donc relevé les taux directeurs de 25 points de base ce matin, à 0,75%, malgré l'arrivée imminente du Brexit. Si la hausse des taux avait été pricée à 90% par les marchés, les investisseurs ne s'attendaient pourtant pas à un discours aussi "hawskish" de la part du gouverneur : du coup, la livre grimpait de 0,3% contre l'euro et le dollar, suite à la conférence de presse de la Banque d'Angleterre. Car contrairement au premier resserrement des taux, en novembre dernier, où deux gouverneurs avaient voté contre, la décision a cette fois-ci été prise de façon unanime, donnant aux marchés le sentiment que la BoE pourrait poursuivre sur sa lancée. "Ramsden et Cunliffe, qui s'étaient opposés à un resserrement en novembre, se sont ralliés cette fois-ci aux autres gouverneurs, prenant les marchés de court", souligne ainsi James Smith, économiste chez ING.
Le rapport sur l'inflation dévoilé ce matin a également surpris par son caractère optimiste : la Banque d'Angleterre a relevé sa prévision de croissance pour l'an prochain, de 1,8% à 1,9%, et annoncé que l'inflation dépasserait l'objectif de 2% en moyenne ces deux prochaines années. "Si la BoE a reconnu que les tensions commerciales et le Brexit représentaient des risques pour la croissance du pays, elle a cependant estimé que les investissements des entreprises se poursuivraient et soutiendraient le PIB du pays", explique ainsi Ruth Gregory, senior économiste UK chez Capital Economics.
Le timing d'un tel resserrement est-il pourtant vraiment opportun ? Il y a tout juste deux ans, et quelques semaines après le vote sur le Brexit, le gouverneur avait pris la décision inverse et abaissé les taux directeurs de 25 points de base, afin de limiter l'impact économique et financier créé par le choc du vote sur la sortie de l'UE. Si la situation économique britannique ne s'est pas effondrée depuis, et a même plutôt bien résisté au tremblement de terre, la décision de Mark Carney paraît un peu prématurée. Car à huit mois de la sortie, aucun accord n'a encore été trouvé entre l'UE et le Royaume-Uni et les entreprises comme les marchés britanniques sont toujours autant dans le flou qu'il y a deux ans, sur le sort qu'il leur sera réservé post-mars 2019. Or un no deal aurait des conséquences désastreuses sur l'économie britannique.
"Avec une inflation juste un peu au-dessus de 2%, la hausse des prix n'est pas un sujet de préoccupation", explique ainsi Nigel Green, CEO de deVere Group, qui estime que ce motif n'était pas suffisant pour resserrer les taux aujourd'hui. L'arrivée du Brexit ajoutée aux tensions commerciales et à une conjoncture sans relief sont autant d'éléments qui plaidaient en faveur du statu quo. "Qu'est-ce donc qui a bien pu motiver le gouverneur de remonter les taux aujourd'hui, pour la deuxième fois seulement depuis la crise financière et en plein Brexit", s'interroge ainsi le dirigeant. Sans doute "la volonté de Mark Carney de préserver la crédibilité de son institution, alors que plusieurs gouverneurs avaient annoncé un resserrement".
Il reste que vu le contexte économique et politique actuel, il est peu probable que la BoE poursuive sa stratégie de resserrement d'ici mars 2019. Le gouverneur a d'ailleurs été relativement flou sur le timing de la suite du resserrement, annonçant seulement que les taux retourneraient aux alentours de 2,5%, sans donner d'horizon de temps précis. Si selon les experts de Capital Economics, la BoE pourrait remonter ses taux un peu plus tôt que ce que les marchés n'anticipent pour le moment, cela n'aura pas lieu tant que le paysage ne sera pas éclairci côté Brexit.
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