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Politique économique / Brexit

Politique économique
Brexit

Airbus se prépare à un hard Brexit

L'entreprise a publié dans la nuit un communiqué détaillant les conséquences chiffrées d'une sortie de la Grande-Bretagne de l'UE sans aucun accord. Les coûts pour Airbus pourraient atteindre plusieurs milliards d'euros. Tom Enders menace de cesser ses investissements dans le pays et de rapatrier une partie des activités...
Thomas Enders
Thomas Enders

Cela fera deux ans demain que les Britanniques ont décidé de sortir de l'UE, lors d'un référendum historique, qui a totalement chamboulé la politique et l'économie du pays. 24 mois plus tard, les négociations ont très peu avancé et la Première ministre Theresa May est isolée au sein de son propre parti, entre les défenseurs d'un Brexit le plus modéré possible et ceux qui souhaitent sortir rapidement et sans beaucoup de concessions.

C'est dans ce contexte très incertain que le patron d'Airbus a décidé d'alerter le gouvernement des risques que représentait un hard Brexit pour l'entreprise au Royaume-Uni. Tom Williams, directeur d'exploitation de la branche d'aviation civile d'Airbus a ainsi publié cette nuit un memo envoyé à tous ses employés UK, détaillant le coût d'une sortie brutale de la Grande-Bretagne pour son entreprise. 

"Airbus possède quatre grandes usines de fabrication au Royaume-Uni, qui emploient 14.000 personnes sur 25 sites différents et nos employés effectuent plus de 80.000 voyages d'affaires par an entre le Royaume-Uni et l'Union européenne", avertit Tom Williams en guise d'introduction. Qui ajoute également qu'Airbus UK possède 1.900 expatriés dans toute l'Europe et que l'entreprise, via les différents sous traitants et sociétés avec lesquelles ils travaillent, soutient 110.000 emplois dans le pays. Des chiffres destinés à mettre en exergue le risque d'un Brexit dur et d'une sortie sans période de transition le 29 mars 2019.

Dans un tel cas de figure, la production de l'entreprise européenne serait sévèrement affectée avertit Tom Williams, et la contraindrait à se constituer des stocks de sécurité d'une valeur d'un milliard d'euros (et ceci sans prendre en compte les pertes d'argent liées aux perturbations logistiques). Vu la forte hausse de la demande d'A320 et d'A350, l'entreprise fonctionne déjà en flux tendu et toute perturbation logistique entraînerait d'importants délais de livraison. Or toute semaine de délai impossible à rattraper représenterait une perte de chiffre d'affaires d'un milliard d'euros. "Les perturbations liées à un no deal Brexit auront un impact de plusieurs milliards d'euros pour Airbus", souligne le COO, pour qui ce scenario doit absolument être évité. Sans quoi Airbus devra reconsidérer ses investissements dans le pays avec toutes les conséquences sur l'emploi que cela pourrait avoir. 

Si le scénario d'un Brexit ordonné serait moins défavorable au pays et à l'entreprise, il n'est pas pour autant sans risque, poursuit Tom Williams dans le memo. La période de transition notamment impliquera des changements de régulation, de procédure et des divergences dans les standards appliqués, et ce alors que la chaîne de production de l'entreprise est pleinement intégrée. Selon le COO de l'entreprise européenne, le délai sur lequel l'UE et le Royaume-Uni se sont accordés - jusque décembre 2020 - est donc bien trop court. "Tant que nous ne saurons pas et ne comprendrons pas mieux quelle sera la nouvelle relation entre le Royaume-Uni et l'UE, nous n'étendrons pas nos partenariats avec les sous-traitants anglais et restreindrons nos investissements dans le pays." 

Pour être sûr que le message passe bien auprès du gouvernement May, le patron d'Airbus Tom Enders s'est quant à lui  exprimé dans le Times d'aujourd'hui, où il réitère sa menace de déménager les sites de production. Si la Première ministre l'a emporté cette semaine contre les députés rebelles de son parti qui souhaitaient prendre la main sur la conduite des négociations, l'avertissement de Tom Enders devrait lui rappeler le peu de temps qu'il reste au pays pour aboutir à un accord. La réunion du Conseil européen des 28 et 29 juin sera un premier test pour son gouvernement, alors que les 27 devront se prononcer sur la frontière irlandaise et sur le passage aux négociations commerciales. Or l'avenir des relations commerciales entre les pays du bloc et la Grande-Bretagne est l'un des sujets sur lesquels les 28 risquent de mettre beaucoup de temps à s'entendre. "L'union douanière et un ensemble de règles harmonisées dans l'industrie de l'aviation sont les deux principaux enjeux pour l'avenir d'Airbus dans le pays, et il faut les aborder urgemment", a d'ailleurs conclu Tom Williams dans le mémo. 

 

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