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Hard Brexit : un député britannique prédit une crise à la grecque au Royaume-Uni
Alors que Theresa May est aujourd'hui à Bruxelles pour rencontrer les 27 et tenter de faire avancer les négociations sur le Brexit et notamment la délicate question de la frontière irlandaise, de plus en plus d'entreprises se préparent à la possibilité d'un Hard Brexit. Vendredi dernier, le patron d'Airbus avertissait qu'il rapatrierait une grande partie des sites britanniques en Europe en cas de sortie dure de l'UE, tandis que ce mardi, l'industrie automobile à son tour, mettait en garde la Première ministre contre une sortie de l'union douanière, expliquant que plusieurs centaines de milliers d'emplois dans le secteur étaient en jeu.
Le député conservateur George Freeman, invité hier soir lors d'un débat organisé par la Chambre de commerce française de Londres, n'a lui non plus pas caché son inquiétude quant aux conséquences d'un Hard Brexit pour l'économie de son pays. "Il ne faut pas se voiler la face, la possibilité d'une sortie dure de l'UE est bien réelle (...) Et si tel est le cas, notre pays sera confronté d'ici deux ou trois ans à une crise économique et financière sans précédent", s'est inquiété le MP Tories modéré.
Un Hard Brexit entraînerait en effet selon lui une forte hausse des taux d'intérêt et une chute du marché boursier, car les investisseurs n'auront plus confiance dans le pays. Or, rappelle le conservateur, l'économie britannique est extrêmement leveragée. L'endettement public du pays a doublé depuis la crise de 2008 et représente désormais 80% du PIB. "Notre dette est de plus de 1.800 milliards de livres. Les trois principaux postes de dépenses sont la NHS, les retraites et la charge de la dette. Une hausse des taux en cas de Hard Brexit serait catastrophique pour nos finances publiques", a averti le député.
Qui a également rappelé que les ménages anglais sont eux aussi très endettés. En mars dernier Jonathan Davidson, executive director of supervision for retail au sein du FCA avait d'ailleurs alerté sur l'endettement excessif des ménages, situé aux mêmes niveaux qu'au pic de la crise en 2008. "Nous avons la chance pour l'instant d'emprunter à des taux encore bas, mais en cas de hausse ne serait-ce que de 1%, cela doublerait le coût des emprunts contractés par les ménages du pays". Ce qui selon lui plombera la consommation et l'économie par ailleurs pénalisée par les départs d'entreprises et le ralentissement du business post-Brexit. Rappelons que le rendement des obligations britanniques à dix ans est actuellement de 1,2% contre 1,5% en mai 2016, quelques jour avant le référendum. Les investisseurs ont donc pour l'instant été assez complaisants à l'égard de la situation britannique, comme le montre également l'assez bonne tenue du marché boursier anglais. Mais la vapeur pourrait s'inverser si aucun accord n'est trouvé d'ici à mars 2019. "Nous avons besoin d'un soft Brexit qui respecte les entreprises. Je pense et j'espère que dans les 6 à 9 prochains mois, la majorité silencieuse des députés va s'exprimer et nous permettre de nous acheminer vers une sortie coûteuse mais sans friction avec l'UE", a affirmé George Freeman.
Très déçu par les divisions au sein de son parti et par l'aspect anti-business de la frange la plus à droite des conservateurs, le député a par ailleurs estimé qu'une scission était inévitable. Elle aura lieu d'ici à 2021 selon lui. Et les plus modérés devraient rallier les blairistes afin de fonder un nouveau mouvement centriste et favorable aux entreprises.
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