Qui est le nouveau Monsieur Brexit anglais ?
Chaos politique en Angleterre. Boris Johnson, ministre aux affaires étrangères vient d'annoncer qu'il quittait le gouvernement, afin de faire pression sur la Première Ministre pour qu'elle adopte une position plus dure sur le Brexit. Theresa May devra donc aussi lui trouver un remplaçant, après la démission du secrétaire d'Etat au Brexit David Davis hier, qui a dénoncé la tournure "trop douce" prise par la Première Ministre dans les négociations avec l'UE. Theresa May a en tout cas déjà nommé Dominic Raab, avocat et ancien diplomate de 44 ans, pour prendre la suite de David Davis. Au lieu d'un ancien réserviste des forces spéciales, le nouveau Monsieur Brexit est quant à lui ceinture noire de karaté, ce qui pourrait l'aider à mener les derniers mois de négociation avec Bruxelles, ironise le Guardian dans un article publié cet après-midi. "Si être un tueur de haut rang est un pré-requis pour assumer l'un des rôles politiques les plus difficiles, alors Madame May a trouvé l'homme de la situation", plaisante le quotidien !
Mais au-delà de ses qualités sportives, le nouveau secrétaire d'Etat est surtout décrit comme une personne brillante, aux vues très indépendantes, qui devrait parvenir à tenir tête aux plus extrêmes de Brexiters, sans pour autant passer pour un infiltré de Bruxelles auprès d'eux. "Dominic est très calme, consciencieux et réfléchi. David Davis le respectait d'ailleurs beaucoup, quand il travaillait pour lui au Parlement", a déclaré à son sujet un député anglais cité par The Guardian.
Si sa candidature rassure les Hard Brexiters, qui estiment qu'il défendra leurs vues, elle apaise aussi les députés modérés, qui connaissent ses liens forts avec le MP Dominic Grieve, à l'origine de l'amendement pour redonner du pouvoir à Westminster dans les négociations (ce conservateur a déposé en décembre dernier un amendement prévoyant que tout accord final conclu avec Bruxelles soit ratifié par un vote contraignant de Westminster).
Fils d'un immigré juif de République tchèque arrivé en Grande-Bretagne en 1938, Dominic Raab est diplômé en droit d'Oxford (où il a fait son Bachelor) et de Cambridge (où il a obtenu son Masters). Il commence sa carrière comme avocat chez Linklaters, avant de passer quelques mois à l'Université de Birzeit près de Ramallah, où il travaille aux côtés des palestiniens à la rédaction des accords d'Oslo. En 2000, il entre au ministère des affaires étrangères, et sera notamment conseiller pour le conflit palestino-israélien, sur les questions européennes et sur le statut de Gibraltar.
De 2006 à 2010 il travaille au Parlement comme conseiller auprès du ministre de l'intérieur de l'opposition (Shadow Home Secretary) David Davis justement, puis auprès du secrétaire d'Etat à la justice de l'opposition, Dominic Grieve. Il est élu député en 2010 pour le conté de Surrey et une nouvelle fois en 2015 avant d'être nommé secrétaire d'Etat à la justice en juin 2017, puis secrétaire d'Etat au logement en janvier 2018 lors du remaniement.
C'est en novembre 2016, lorsque la gestionnaire de fonds Gina Miller décide de saisir la Cour suprême pour demander que le Parlement soit consulté avant que le gouvernement ne déclenche l'article 50 sur le Brexit, que Dominic Raab fait connaître publiquement ses vues sur le sujet : "les citoyens britanniques ont donné un mandat très clair au gouvernement pour qu'il quitte l'UE et reprenne le contrôle de ses frontières, de ses lois, de sa devise et de son commerce. Il est décevant de voir que la Cour a décidé de passer outre la décision du peuple", déclare-t-il au moment où les juges suprêmes donnent raison à la femme d'affaires. "Le vote pour sortir de l'UE est clair et la Cour suprême ne devrait pas essayer de s'interposer dans cette décision", avait-il ajouté à l'époque.
Son plus gros challenge sera désormais de faire accepter les dernières propositions de Theresa May sur le Brexit auprès de Bruxelles. Sachant que cette dernière estime que la balle est cette fois-ci dans le camp de l'UE. "Notre message s'adresse à l'Europe, et nous leur disons qu'il est temps de parler sérieusement et de s'asseoir à une table pour discuter", a affirmé la Première Ministre hier dans une interview au Sunday Times. Theresa May n'a pas manqué non plus de répliquer aux attaques de David Davis, estimant que si le Parlement décidera ou non de soutenir le deal négocié par le gouvernement, ce compromis permettra en tous cas au Royaume-Uni de récupérer ses prérogatives. "Le droit européen prendra fin dès que nous serons sortis. Et dans les cas où notre pays décidera d'appliquer des règles communes à l'Europe, chacune d'entre elles devra d'abord être approuvée par le Parlement", a affirmé Thersa May. Son nouveau secrétaire d'Etat devra donc à la fois convaincre Bruxelles que son pays est prêt à se plier à certaines règles européennes (en matière d'échanges commerciaux) et convaincre les ministres et députés "Hard Brexiters" que la Grande-Bretagne reprend ses droits. La quadrature du cercle pour un homme politique certes très doué mais encore jeune dans la profession.
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