Classements de banquiers : une histoire de points de vue
Peut-on faire dire aux chiffres ce que l’on veut ? En tout cas, cela dépend parfois de ceux que l’on choisit de mettre en avant, en fonction de l'aspect étudié. C’est ainsi que les classements sur un thème similaire peuvent arriver à des conclusions tout à fait différentes si l’angle d’attaque varie. Par exemple, il y a quelques jours le magazine Euromoney a élu Tidjane Thiam, banquier de l’année. Dans un intervalle de temps quasi similaire, l’Evidence Lab d’UBS a écrit une note sur les meilleurs CEO des banques, mais du point de vue de leurs employés. Et ce sont les Américains qui, là, prennent le pas sur leurs pairs Européens.
Dans le premier cas, le magazine mensuel britannique estime que Tidjane Thiam a « révolutionné Crédit Suisse ». « Il a fallu un outsider pour que Crédit Suisse face volte-face, pour faire accepter aux dirigeants et actionnaires qu’ils poursuivaient un rêve illusoire, où le trading dominerait (…). Tidjane Thiam a réduit la taille de ce business mais lui a aussi donné la chance de survivre en tant que serviteur d’une activité de gestion de fortune relancée, centrée sur les entrepreneurs les plus riches dans les marchés émergents. Son combat de trois ans pour réduire les risques, les coûts, lever du capital, traiter avec les régulateurs ainsi qu’identifier et développer les lignes prometteuses sera une étude de cas de restructuration bancaire », fait valoir le média.
De son côté, Evidence Lab a utilisé les données du site Glassdoor. Ce dernier compile les notes et avis des collaborateurs de sociétés. En tout, ce sont pas moins de 56.000 critiques qui ont été collectées, rapporte Business Insider, qui a eu accès à la note. Il en ressort que les CEO américains sont plus plébiscités que leurs pairs européens. Et ce sont les patrons de Deutsche Bank et Crédit Suisse qui sont en bas du classement. « Nous pensons que l’asymétrie avec le marché américain, où Deutsche Bank a d’importantes opérations de banque d’investissement, qui sont en cours de réduction, pourrait expliquer en partie la faiblesse des résultats. Une situation similaire pourrait être à l’origine de la faiblesse des résultats de Crédit Suisse », soulignent les auteurs.
En tête des 10 banques mises en avant, on retrouve : le CEO de Morgan Stanley. Il est suivi de celui de JP Morgan et de celui de Goldman Sachs, lesquels sont tous à plus de 80% de satisfaction. Ensuite, sont présents les patrons de HSBC, Citi, Société Générale, Barclays et BNP Paribas. Evidence Lab a aussi dévoilé les évolutions d’une année sur l’autre. Morgan Stanley, HSBC, BNP Paribas, Société Générale et JP Morgan sont les cinq premières en la matière. Tandis que Goldman Sachs, Citi et Deutsche Bank arrivent en bas du tableau. La banque allemande creusant l’écart, avec le score le moins bon.
A noter néanmoins, que même si 56.000 données constituent un large échantillon, les avis sont en partie anonymes et les mécontents sont plus souvent enclins à critiquer. Le site étant en anglais, il est aussi probable que les Américains aient été plus nombreux à participer au sondage, équilibrant davantage les résultats pour les banques de Wall Street. Ainsi, même si la tendance est bien sûr intéressante à regarder, les données doivent toujours être mises en perspective.
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