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Crédit Suisse / Tidjane Thiam
Il faut sauver le soldat Tidjane Thiam
Si l’on en croit les milieux financiers suisses, la pression s’accentue sur Crédit Suisse. Et surtout sur le président de son directoire, Tidjane Thiam, en fonction depuis juillet 2015. Certains parient même que son successeur peut être désigné dès aujourd’hui, à l’occasion d’un conseil d’administration prévu pour approuver les comptes de l’exercice 2019.
Il faut dire que Tidjane Thiam, polytechnicien et franco-ivoirien marié à une Américaine a beaucoup bousculé le Crédit Suisse en quatre ans pour essayer de réveiller sa rentabilité. Et il y avait fort à faire. Récemment encore il a qualifié l'unité de banque d'investissement et de marchés des capitaux de "non satisfaisante" et a remplacé son chef, Jim Amine, par le directeur financier David Miller. Cette division qui a affiché une perte avant impôt de 102 millions de francs suisses au cours des neuf premiers mois de 2019 devrait également être considérablement déficitaire au dernier trimestre. Malgré tout le Crédit Suisse affiche des résultats bien meilleurs qu’UBS, son concurrent historique.
L’autre affaire qui colle aux basques de Tidjane Thiam tient à une sombre histoire de filatures organisées par le directeur de ressources humaines de la banque afin d’espionner un ex-directeur de la gestion de fortune, Iqbal Khan, passé chez le concurrent UBS. Et comme si cela ne suffisait pas l’hebdomadaire zurichois "SonntagsZeitung" a révélé, dimanche, une opération d’infiltration dans le système informatique de l’organisation écologiste Greenpeace. Or le Code pénal suisse condamne, depuis 1997, quiconque s'introduit sans droit, au moyen d’un dispositif de transmission de données, dans un système informatique appartenant à autrui. Et le conseil d’administration pourrait être tenté de faire porter le chapeau de ces histoires crapoteuses à Tidjane Thiam. Ce qui serait le comble. Car dans l’affaire Scor-Covea, il a montré que la compliance de sa banque était irréprochable.
Tout a donc commencé vendredi par une révélation de Bloomberg. Celle-ci faisait état d’une liste de successeurs potentiels pour Tidjane Thiam que préparait le président du conseil d’administration de Crédit Suisse, Urs Rohner. La banque n’a pas manqué de démentir promptement ces allégations. Le quotidien zurichois "Tages-Anzeiger" a révélé hier les noms de deux papabiles sur son internet.
Il s’agirait de Thomas Gottstein. Né en 1964, il préside la direction de Crédit Suisse en Suisse depuis 2016, après avoir commencé dans la division banque d’investissement en 1999. Auparavant, il avait commencé sa carrière au service d’UBS, à Londres. On évoque aussi le nom d’Éric Varvel comme deuxième favori pour succéder à Tidjane Thiam. Même s’il vient de se faire attribuer de nouvelles fonctions, en novembre, à la tête de la division banque d’investissement, tout en continuant de diriger celle de la gestion de fortune internationale, à New York.
L’auteur de ces lignes qui connaît bien depuis longtemps Tidjane Thiam regrette profondément cette cabale très "suisse" contre un banquier remarquable qui a redressé de manière impressionnante Prudential lorsqu’il était à Londres et qui avait la carrure pour devenir patron du Fonds Monétaire International après Christine Lagarde. Bien sûr il n'a pas encore perdu tout soutien. Le numéro deux du fonds de placement Harris Associates, David Herro, a ainsi confirmé qu’il défendait Tidjane Thiam, dans un récent e-mail, dont Bloomberg aurait eu copie. Or Harris Associates contrôle, directement ou indirectement, 8 % du capital de Credit Suisse. Il est peut-être déjà trop tard. Mais WanSquare estime nécessaire de sauver le soldat Thiam.
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