Air France-KLM : le troisième nom sera-t-il le bon ?
On pouvait s’attendre à ce que la nomination du patron d’Air France-KLM ne soit pas une promenade de santé, mais à ce point-là… Après deux noms de candidats potentiels sortis dans la presse depuis juin, un troisième a émergé publiquement il y a quelques jours grâce au Monde : celui de Benjamin Smith, président - Transporteurs aériens et chef de l'exploitation chez Air Canada. Mais il n’aura fallu attendre que quelques heures avant que les boulets rouges ne fusent. Et cette fois-ci, le sujet tourne autour de la rémunération du futur dirigeant.
Afin d’attirer le remplaçant de Jean-Marc Janaillac, la compagnie aérienne serait prête à tripler la rémunération de l’élu. Outre la question de savoir si le montant en lui-même se justifie, le contexte est un véritable frein potentiel. Les négociations salariales ont échoué et la compagnie aérienne a connu des grèves à répétition au printemps. « C'est un symbole. Surtout si la nouvelle direction n'entend pas négocier. Mais je n'y crois pas. Ou alors, il y aura quinze jours de grève », a réagi Philippe Evain, président du premier syndicat de pilotes de la compagnie aérienne française, dans une interview au Parisien dimanche. Certes, Benjamin Smith gagnerait beaucoup plus que Jean-Marc Janaillac, mais sa rémunération est élevée au Canada.
Dans le détail, au titre de 2017, Jean-Marc Janaillac a empoché 1,1 million d’euros dont 600.000 euros de fixe et 510.000 euros de variable. Le patron ayant renoncé à une partie de son variable (prévu à 522.000) afin que sa rémunération reste inchangée par rapport à ce qui lui avait été attribué prorata temporis pour 2016. Si le montant final est loin d’être neutre, au regard de ce que pratique la concurrence à l’étranger, le PDG français n’était pas le mieux loti. Ainsi, toujours pour la période 2017, le CEO de Ryanair a-t-il perçu 3,3 millions d'euros, celui de Lufthansa 3,1 millions et celui d’IAG 3 millions d’euros. Le dirigeant d’EasyJet n’a touché « que » 1,9 million d’euros.
Si d’autres enjeux sont également cités, c’est bien la question des émoluments qui attise la colère des syndicats et qui pourrait faire capoter la nomination. La question de la nationalité n'est néanmoins pas laissée de côté : « Des Français ayant un parcours international répondent à ce profil », a insisté Paul Farges, représentant des pilotes actionnaires au conseil d'administration d'Air France-KLM, dans une tribune publiée par le Journal du dimanche. Tandis que Philippe Evain a souligné les spécificités du dialogue social français qu'il est important de connaître.
Pour mémoire, les salariés détiennent 3,9% des actions de la société. Ce qui reste moins que l'Etat français (14,3%) et les compagnies Delta Airlines et China Eastern, entrées l'an dernier au capital à hauteur de 8,8% chacune. Paul Farges n’a d’ailleurs pas hésité à enfoncer durement le clou : le choix de Benjamin Smith reviendrait à « placer Air France sous influence nord-américaine » et serait le signe que Paris « aurait renoncé à sa souveraineté aérienne ». Pour l’instant, la version officielle consiste toujours à dire que le processus de nomination est en cours. La décision devrait être prise pour septembre.
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