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Kering : l'addition pourrait être salée
Comme le révélait il y a près de deux ans Mediapart, les autorités italiennes continuent de sonder Kering, dont la filiale suisse Luxury Goods International (LGI) est accusée de s’être soustraite à ses obligations fiscales au pays de Dante. Le propriétaire de la maison de couture Gucci a annoncé vendredi que le montant d’impôts réclamable s’élève à 1,4 milliard d’euros, après que l’équipe d’audit des autorités fiscales italiennes a finalisé son rapport. Celui-ci doit désormais être examiné par le service chargé d’en évaluer les conclusions, l'Agence de recettes, de qui la décision finale dépend.
L’essentiel de l’enquête réside dans la différence entre l’important montant de l’impôt sur le revenu payé en Suisse et le montant de l’activité à valeur ajoutée exercée en Italie, sans que le dû fiscal ne soit aligné. La société a déclaré opérer un suivi rigoureux de ses positions fiscales et maintient une approche prudente dans l'appréciation de ses passifs fiscaux. En l’état actuel des choses la prudence doit être de mise plutôt que de se laisser aller à un faux procès, car Kering n’est pas la première marque de luxe à faire l’objet d’accusations par le procureur en chef de Milan, Francesco Greco, sans qu’elles n’aient pour autant donné lieu à de réelles condamnations.
C’est le cas de Dolce & Gabbana qui en 2013 était accusé par le fisc transalpin de s’être soustrait au paiement de 200 millions d’euros d’impôts. La Cour suprême annonçait peu après l’abandon des condamnations pécuniaires et les 18 mois de prison prononcés à l’encontre des deux stylistes phares Domenico Dolce et Stefano Gabbana. Prada connaissait un destin moins joyeux lorsqu’en 2013 également, la société de luxe a dû s’acquitter d’un remboursement de 470 millions d’euros aux autorités fiscales italiennes après avoir déclaré à l’étranger des revenus réalisés dans la péninsule.in
Pour le groupe familial Pinault, dont le siège social se situe au 40 rue de Sèvre dans le très chic 7ème arrondissement de Paris, les déclarations faites hier par le ministre de l’Économie et des Finances pourrait être une autre épine dans le pied. Car sur les ondes de France inter hier, Bruno Le Maire a fait savoir que le gouvernement Philippe renforcera l’obligation de domiciliation fiscale en France pour les patrons des entreprises du CAC 40 : “Nous renforcerons par la loi les règles de domiciliation fiscale dans les prochains mois de façon à nous assurer que les dirigeants (président ou directeur général) des grandes entreprises dont le siège social est en France payent bien leurs impôts en France.”
Depuis 2014, François-Henri Pinault et sa famille - sixième fortune française à 30,5 milliards d'euros au classement Challenges 2018 - se seraient exilés à Londres "pour se rapprocher des clients et des marchés". En revanche, il est certain que le numéro deux de Kering, Jean-François Palus l'est pour sa part, "car il est plus facile de voyager vers les États-Unis et l'Asie en décollant de Londres".
En repli de 1,31 % à 415,70 euros à 10 heures ce matin, Kering accuse l'une des plus fortes baisses du CAC 40, le groupe se montrant fortement sensible à la marque Gucci qui contribue à 60 % du bénéfice opérationnel.
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