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Evenements / Kering / Rachats d'actions

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Kering / Rachats d'actions

L’absurde rachat d’actions mis en place par Kering

Le groupe de luxe dirigé par François-Henri Pinault va procéder, en deux temps, à un rachat d’actions portant sur 1 % du capital. C’est un mauvais signal envoyé au marché en termes de stratégie d’entreprise.
François-Henri Pinault - Kering
François-Henri Pinault - Kering

Le groupe Kering a donc annoncé ce matin son intention de racheter jusqu’à 1 % de son capital social au cours des 12 prochains mois. Dans cette perspective, Kering a mis en place un contrat d’achat d’actions avec un Prestataire de Services d’Investissements. Ce contrat porte sur une première tranche correspondant à un volume maximal de 631.000 actions, soit environ 0,5 % du capital social, dans la limite d’un montant de trois cent millions d’euros à un cours n’excédant pas 480 euros. Il est prévu que les rachats débutent dès aujourd’hui pour une durée de 4 mois au plus. Les actions ainsi rachetées sont destinées à être annulées.

Comme beaucoup de sociétés américaines et quelques sociétés occidentales dont Schneider Electric ou Total, Kering va donc procéder à un rachat d’actions. Ce dernier ne porte que sur 1 % du capital. Ce qui est raisonnable. Néanmoins il nous semble à la fois superflu et condamnable pour trois raisons différentes.

Consacrer environ 600 millions d’euros à racheter ses propres actions pour les détruire est par essence la négation du capitalisme. Le capitalisme, c’est la réunion du capital et du travail afin de créer des richesses qui sont ensuite réparties le plus équitablement possible. En agissant ainsi Kering rompt avec cette logique. Les 600 millions d’euros qui vont servir à détruire des fonds propres, par annulation d’actions, sont issus du cash-flow du groupe, donc du travail réalisé par toutes les parties prenantes de l’entreprise. Et cela ne va profiter - et encore, c’est contestable - qu’aux seuls actionnaires.

La deuxième raison qui nous rend méfiants à l’égard de tous ces rachats d’actions, c’est qu’ils traduisent une absence de projets de croissance interne ou externe. Une entreprise lambda existe pour croître, par l’autofinancement qu’elle génère, aidée s’il le faut par des emprunts bancaires. Rendre l’argent aux actionnaires, c’est leur dire : "Allez le placer chez votre banquier, ailleurs qu’en actions Kering, car nous ne sommes pas capables de créer suffisamment de valeur pour vous". Cette mode des rachats d’actions est donc un énorme aveu d’impuissance de la part des grands groupes industriels qui y ont recours. Les grandes banques qui les pratiquaient il y a une dizaine d’années s’en sont mordu les doigts. Car elles savent aujourd’hui à quel point les fonds propres leur sont précieux.

La troisième raison qui jette une ombre sur ces rachats d’actions, c’est qu’à la différence d’une Offre publique de rachat d’actions portant sur un pourcentage donné du capital, ils sont asymétriques. Certains vont vendre leurs actions. D’autres non. On peut penser que la famille Pinault – à juste titre – via Artémis ne cédera pas une seule action. En revanche son pourcentage de détention se trouvera augmenté par la destruction de 1,25 million d’actions. Il y a quelque chose d’assez choquant à ce qu’un seul actionnaire voit son pouvoir renforcé avec l’utilisation du cash-flow produit par toute l’entreprise dans l’intérêt social de tous les actionnaires.

Voilà pourquoi il nous semble préférable de procéder à des distributions de dividende exceptionnel si vraiment il y a un excès de cash qui nuit à la bonne allocation des actifs. Mais les rachats d’actions ne sont clairement pas la bonne solution.

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