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Rachats d'actions / Etats-Unis
États-Unis : les rachats d’actions dans le viseur démocrate
"L’auto-gratification des sociétés est devenue un énorme problème pour les travailleurs et pour la santé à long terme de l’économie." C’est par cette phrase accrocheuse que Chuck Schumer, le leader démocrate au Sénat, et Bernie Sanders, le sénateur du Vermont très engagé dans la lutte des inégalités, ont introduit leur projet de loi dans une tribune du New York Times. Les deux politiques partent d’un constat bien connu désormais : dans les dernières décennies, les corporates sont devenus obsédés par l’optimisation des profits pour les actionnaires. Les rachats d’actions – qui consistent à annuler des titres, et donc à faire grimper le titre – sont un des deux moyens employés, aux côtés des dividendes. Or, ils ont deux défauts majeurs : d’une part, ils "ne bénéficient pas à la majorité des Américains", car près de 85 % des titres détenus par des Américains appartiennent aux 10 % les plus fortunés d’entre eux. Ensuite, ces ressources sont dépensées au détriment des investissements dans la R&D, la hausse des salaires, des formations, des congés maladie etc.
L’inflation des rachats d‘actions est une véritable lame de fond : l’an passé grâce au bénéfice de la réforme fiscale, les corporates américains ont dépensé plus de 1.000 milliards de dollars de rachats d’actions. Apple est le champion, avec 250 milliards de dollars dépensés dans la dernière décennie, mais Chuck Schumer et Bernie Sanders fustigent surtout ceux qui annoncent ce type d'opérations tout en faisant des plans sociaux, et citent Walmart, Wells Fargo ou encore Harley-Davidson. Pour y mettre fin, ils proposent d’introduire un système de "préconditions" à remplir pour qu’une société soit autorisée à racheter ses actions. Celles-ci consisteraient à investir dans leurs salariés, via un salaire minimum à 15 dollars, sept jours de congés maladie payés, offrir des retraites "convenables" et une couverture santé plus fiable. Certes, d’aucuns pourraient répondre que les sociétés décideront à la place d’augmenter leurs dividendes. Une "inquiétude légitime", jugent les auteurs, estimant que le Congrès devrait aussi légiférer sur la question via le régime fiscal.
Cette loi n’a quasiment aucune chance de passer au Sénat à majorité républicaine, ni d’être signée par Donald Trump, mais elle a essentiellement pour but de lancer le débat en vue de la prochaine élection présidentielle en 2020. Revigorés par leur récente victoire à la Chambre des Représentants, les démocrates veulent attaquer la réforme fiscale de l’administration Trump, et se présenter comme le parti des travailleurs et d’une meilleure justice sociale. La crise financière de 2008 et le creusement des inégalités ont nourri une vague populiste, qui a notamment contribué au succès du discours socialiste de Bernie Sanders – probable candidat à la primaire démocrate en 2020.
"La réalité est que de décembre 2017 à décembre 2018, les salaires réels moyens des employés n’ont augmenté que de 9,11 dollars par semaine", pointe la tribune, qui l’oppose aux 4.000 dollars promis par l'administration actuelle. "Les travailleurs gagnent en moyenne moins d’argent aujourd’hui qu’en 1973, en ajustant de l’inflation." Alors que Donald Trump ne cesse de vanter la santé de l’économie US, ce type d’arguments pourrait faire mouche auprès des Américains à moins de deux ans des prochaines élections.
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