Jerome Powell, celui qui met tout le monde d’accord
Certaines nominations publiques peuvent avoir des répercussions pendant des décennies. Cela sera certainement le cas du prochain membre de la Cour Suprême, que Donald Trump doit dévoiler d’ici peu. Le Président a déjà annoncé son penchant pour un profil conservateur, qui pourrait faire basculer le droit constitutionnel à l’avortement du précédent Roe v. Wade. Mais tous ceux qui s’inquiètent de voir la juridiction suprême basculer radicalement à droite peuvent se rappeler que Donald Trump sait aussi nommer des professionnels qui satisfont les deux camps. Tel est par exemple le cas de Jerome Powell, le chairman de la Fed qui a été nommé à ce poste il y a cinq mois jour pour jour.
Alors que la plupart des économistes avaient déjà placé Janet Yellen sur un piédestal, Jerome Powell, qui est le premier président de la Réserve Fédérale à ne pas être économiste, a pourtant su démontrer sa légitimité dès le début de son mandat. Ancien avocat et banquier d’investissement, il a rompu avec le jargon très technique de celle qui l’a précédé, et s’est illustré par des déclarations courtes et bien plus directes. Il a d’ailleurs montré sa volonté de dialogue et de clarté, en instaurant des conférences de presse mensuelles (contre trimestrielles auparavant) dès son arrivée à la tête de la Réserve Fédérale. Mais cette décision lui donne également l’arme de la flexibilité, puisque les relèvements de taux sont traditionnellement décidés les mois où a lieu cette conférence.
Jerome Powell n’a pas peur de dire ce qu’il pense et d’employer des formules inédites dans ce contexte : lors de la dernière conférence mi-juin, il a par exemple assuré que « notre mandat n’a rien à voir avec la marijuana », en référence aux hausses de taux. Il a également prononcé deux phrases très bullish : « l’économie est si forte » et « l’économie américaine va très bien », indiquant que les conditions étaient réunies pour une poursuite de la normalisation monétaire. Des mots qui rappellent à certains ceux de Ben Bernanke, qui n’avait pas été capable d’anticiper l’éclatement de la crise financière en 2008.
Mais le comité de politique monétaire de la Fed n’est pas complaisant pour autant, comme en témoignent les minutes de la dernière réunion publiées jeudi. Les membres ont discuté de la possibilité de supprimer « accommodante » ou le soutien à la croissance du communiqué, afin de s’adapter à l’accélération de la croissance et de l’inflation. Mais le principal facteur d’inquiétude tient aujourd’hui à la menace de guerre commerciale par Donald Trump. « La plupart des participants ont noté que l’incertitude et les risques associés à la politique commerciale se sont intensifiés et étaient inquiets que de telles incertitudes et risques pourraient avoir des effets négatifs sur le sentiment des entreprises et les dépenses d’investissement », des mots qui résonnent particulièrement depuis que Harley-Davidson a par exemple annoncé déménager ses usines des Etats-Unis à cause des tarifs douaniers. Enfin, la Fed doit s’efforcer de ne pas se montrer trop pressée, sous peine de provoquer l’inversion de la courbe des taux courts et longs, signe annonciateur d’une récession.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

