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Politique monétaire
Fed / Donald Trump / Etats-Unis
Donald Trump fait voler en éclats l’indépendance de la Fed
Donald Trump multiplie décidément les sorties de route ces derniers jours. En début de semaine, il a provoqué un tollé lorsqu’il a déclaré croire le Président russe, Vladimir Poutine, qui lui a assuré ne pas avoir influencé l’élection présidentielle américaine de 2016. Ce dernier est apparu obnubilé par l’idée qu’une immixtion russe remettrait en cause sa victoire et s’est ainsi mis en porte-à-faux avec les conclusions de ses propres services de renseignement, d’où des accusations de trahison nationale, qui l’ont obligé à reformuler ses propos. Et lors d’une interview sur CNBC jeudi, il a répondu « je ne suis pas très content » à une question sur la hausse des taux par la Fed, et que cela « nous met dans une position désavantageuse ». Tout en estimant que Jerome Powell était « un homme très bien » et qu’il « les laisserait faire ce qu’ils jugent bon ».
Ses propos sont pourtant en exacte contradiction avec ceux prononcés pendant la campagne, lorsque Donald Trump avait critiqué avec virulence Janet Yellen pour laisser les taux trop bas et servir les intérêts du Président Barack Obama. Ses propos du jour font en tout cas écho à ceux de Larry Kudlow, président du Conseil National Economique et qui a dit espérer que les taux directeurs allaient monter « très lentement » à une conférence hier. Les deux rompent ainsi avec une tradition de non interférence du politique dans la politique monétaire, en cours depuis 25 ans. Le Conseil National Economique a été créé en 1993 par l’administration Clinton et présidé alors par Robert Rubin. Cet ancien de Goldman Sachs, qui est ensuite devenu secrétaire au Trésor de Bill Clinton, a instauré une règle selon laquelle la Maison Blanche ne devait pas se prononcer publiquement sur les décisions de la Fed.
Cette coutume a été respectée par les deux Présidents suivants, George W. Bush et Barack Obama, l’exécutif refusant systématiquement de commenter la politique monétaire pour des raisons d’indépendance des pouvoirs. Et même lorsque le Congrès essaie de peser davantage dans les décisions de politique monétaire, en appelant à l’application de la règle de Taylor pour fixer les taux d’intérêt, il a rencontré une farouche résistance de la part de l’institution et notamment de Janet Yellen, la prédécesseure de Jerome Powell.
Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Les Présidents Johnson et Nixon n’ont pas hésité à peser de tout leur poids pour éviter des resserrements monétaires trop rapides, ce qui a conduit à une inflation galopante dans les années 70. Et sous l’administration Carter, Paul Volcker a relevé les taux si brusquement qu’il a déclenché une sévère récession au début des années 80. Vient ensuite le tour d’Alan Greenspan, copieusement critiqué par George Bush père pour avoir laissé les taux trop haut, ce que s’est refusé à faire son fils plus tard, lorsqu’il est devenu Président. Jeudi, les taux à 10 ans baissaient de seulement 3 points de base, à 2,84%, ce qui montre que les marchés restent plutôt sereins sur l’indépendance de la Fed. Mais le taux à 2 ans continue de monter, et ne se situe plus qu’à 25 pb faisant redouter la fameuse inversion de la courbe des taux, annonciatrice d’une récession.
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