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Politique économique / Donald Trump / Guerre commeriale

Politique économique
Donald Trump / Guerre commeriale

Guerre commerciale : menaces sur le PIB mondial

L'industrie manufacturière mondiale devrait délocaliser une partie de sa production en fonction des tarifs douaniers qui seront appliqués. Avec le risque de perdre en rentabilité. Ce qui pourrait peser sur la croissance mondiale à hauteur de 2,5%.
Donald Trump
Donald Trump

La guerre commerciale a franchi un nouveau palier hier soir, après que l'administration américaine a annoncé l'imposition de nouveaux droits de douane (de 10% supplémentaires), à hauteur de 200 millions de dollars sur des produits chinois, et notamment sur les biens de consommation. Et ce, moins d'une semaine après l'entrée en vigueur d'une première salve de surtaxe pour les produits de l'Empire du Milieu. Pas de quoi conforter les analystes qui prévoyaient un apaisement des tensions commerciales, passé l'application des premières sanctions de part et d'autre du Pacifique début juillet.

S'il est encore difficile de chiffrer l'impact économique d'un conflit commercial généralisé, tant le Président américain est imprévisible, comme il l'a encore démontré hier soir, l'une des conséquences les plus coûteuses sera les mouvements de délocalisation que le conflit va engendrer. Tel est en tout cas l'avis des équipes de Capital Economics : "l'économie de marché libérale et mondiale permet aux entreprises de s'implanter dans les pays où les coûts de production sont les plus bas. Mais en cas de regain de protectionnisme et de hausse des tarifs douaniers, les entreprises pourraient délocaliser leur production en fonction des barrières tarifaires, afin d'être le moins affectées possible par ces hausses de droits de douane", explique ainsi Andrew Kenningham chef économiste macro dans une note publiée aujourd'hui. Ce qui selon lui réduira le potentiel productif de l'économie mondiale. 

Tous les secteurs ne seront bien sûr pas concernés dans les mêmes proportions. Ainsi les producteurs de matières premières auront du mal à délocaliser leur production. Même si, comme l'a rappelé ce matin David Honora, directeur commodities chez Columbia Threadneedle à Londres, la Chine a décidé de répliquer aux Etats-Unis notamment en augmentant les tarifs douaniers sur le soja américain, dont elle est le deuxième plus gros acheteur pour les USA. Sachant que, selon David Honora, la Chine a même décidé de ne plus acheter de soja du tout aux Américains, et de se fournir dans d'autres pays producteurs comme le Brésil ou l'Argentine. Pas de relocalisation de la production mais un changement de fournisseur donc côté chinois. Une situation qui commence d'ailleurs à sérieusement inquiéter les agriculteurs américains, qui avaient pourtant majoritairement voté en faveur de Donald Trump en 2016. 

L'impact économique des relocalisation dans l'industrie manufacturière serait important, poursuit de son côté Andrew Kenningham, de Capital Economics. Si certains secteurs, tels que l'automobile, devraient parvenir à relocaliser une partie de leur business sans perdre en rentabilité, comme l'a déjà démontré Harley-Davidson qui a annoncé qu'il déménagerait une partie de sa production américaine dans des pays émergents, d'autres bien manufacturiers seront en revanche pénalisés. Et en particulier si l'ensemble de la chaîne de production est répartie dans différents pays aux différentes juridictions qu'il faudra modifier pour prendre en compte les nouvelles barrières douanières. "Les nouveaux arrangements et nouvelles implantations pourraient être beaucoup moins rentables", redoute l'économiste. 

Sachant que les échanges de biens manufacturiers représentent 11% du PIB mondial (hors échanges intra UE) et que les entreprises qui délocaliseraient leur production seraient prêtes à accepter des coûts inférieurs ou égaux à 25% - ce seuil correspondant aux coûts supplémentaires qu'elles devront payer en tarifs douaniers si elles ne déménagent pas leur production -, l'impact de ces délocalisations sur l'économie mondiale représenterait autour de 2,75% du PIB mondial (25% de 11%), estime Capital Economics. Partant du principe que toutes les entreprises ne décideront pas de déménager, le coût plus probable des relocalisations serait de 1,5% du PIB mondial. Les équipes de l'organisme de recherche ont également analysé les estimations des principaux organismes économiques mondiaux, OCDE, Banque mondiale ainsi que celles de Paul Krugman et Ralph Ossa, quant à l'impact d'une guerre commerciale généralisée sur l'économie mondiale.

La moyenne de ces estimations externe est que la Trade War de Donald Trump aurait un impact de 2,2% sur la croissance mondiale. "Selon nos propres calculs, la guerre mondiale pèsera sur le PIB mondial à hauteur de 1,5% et selon ceux des principaux économistes et organismes mondiaux, elle aurait un impact de 2,2%. Il est donc raisonnable de conclure que les décisions de relocalisation représenteront un coût de 2% sur le PIB mondial", conclut Andrew Kenningham. Auquel il convient d'ajouter 0,5% en raison du climat d'incertitude lié au contexte de guerre commerciale, qui plombera les décisions d'investissement des entreprises. "Il est assez déprimant de penser que le chef d'Etat de la plus grande économie libérale ne sait pas comment fonctionne l'économie", a déploré ce matin Mark Burgess, Deputy Global CIO chez Columbia Threadneedle. Car selon lui, personne n'est jamais vainqueur d'une guerre commerciale. "C'est un jeu à somme nulle, où le gagnant est en réalité celui qui perd le moins dans la bataille", conclut David Donora. 

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