Macro-économie / Taux / Récession / Donald Trump
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Récession / Donald Trump
Etats-Unis, le risque de récession se rapproche
Dix ans après la crise Lehman et alors que les Etats-Unis connaissent leur seconde plus longue période de croissance depuis un siècle et demi, la question de savoir quand cette hausse continue du PIB prendra fin est sur toutes les lèvres. Selon le National Bureau of Economic Research, le centre de recherche privé chargé justement de définir les cycles économiques pour le gouvernement US, l'économie américaine ayant redémarré en juin 2009, elle se trouve aujourd'hui dans son 108ème mois d'expansion ininterrompue. Neuf années qui en font donc la deuxième plus longue période de croissance depuis la guerre de Sécession, le record absolu ayant été atteint entre mars 1991 et mars 2001, au moment de la bulle Internet.
Du coup, les économistes, qui craignent de ne pas anticiper à temps l'arrivée de la récession, sont très prudents : selon une enquête menée par la National Association of Business Economics le mois dernier, la moitié des économistes estime que le retournement de conjoncture aura lieu fin 2019 ou 2020, et les deux tiers prévoient une récession d'ici à la fin 2020.
Pourquoi donc une telle méfiance ? Précisément parce que la conjoncture est trop bonne ! Rappelons que le taux de chômage américain a atteint un plus bas de 18 ans au mois de mai, à 3,8%, que la croissance des salaires devrait atteindre 3% d'ici la fin de l'année de même que le PIB, qui devrait progresser de près de 3% sur l'année. "C'est toujours au moment où les choses ont l'air d'aller formidablement bien que nous faisons des erreurs, en sur-réagissant, en sur-empruntant...", explique ainsi Mark Zandi, chef économiste chez Moody's Analytics dans une note. Mais il faudra un élément déclencheur pour que l'économie américaine entre en récession, tempère l'économiste, tel le choc pétrolier des années 1990-1991, l'explosion de la bulle Internet en 2001 ou de celle des subprimes en 2007. Quels pourraient donc être les potentiels éléments perturbateurs susceptibles de mettre fin à près d'une décennie de croissance américaine ?
Une hausse de l'inflation tout d'abord, qui pourrait entraîner in fine un effondrement du prix des actifs. La hausse des salaires américains devrait effectivement contraindre les entreprises du pays à augmenter leurs prix et inciter la Fed à accélérer le resserrement des taux. Si l'inflation core, actuellement située à 1,8% dépassait les 2% durablement, alors Jerome Powell pourrait décider de relever les taux à quatre reprises, cette année et l'an prochain. Les entreprises seraient par ailleurs pénalisées par une hausse des salaires trop rapide, qui viendrait grignoter leurs profits. Un tel scénario entraînerait une fuite des investisseurs des actifs risqués (le prix des actions qui composent l'indice S&P représente actuellement 19,6 fois les profits réalisés par les entreprises), jugés trop chers, vers des valeurs refuge, et causerait un effondrement des marchés boursiers. Effondrement qui réduira la richesse des ménages et la confiance des entreprises.
Autre scénario qui pourrait potentiellement faire chuter l'économie américaine : l'escalade de la guerre commerciale entamée par Donald Trump, et en particulier celle contre la Chine. La hausse des tarifs douaniers imposés par les Etats-Unis sur un certain nombre de produits chinois et européens risque non seulement de peser sur la première économie asiatique, et par répercussion sur le reste du monde, mais également de faire grimper les prix : selon les estimations de Kathy Bostjancic d'Oxford Economics, ceci pourrait avoir un impact de plus de 1% sur la croissance américaine l'an prochain.
Une forte hausse des prix du pétrole pourrait aussi provoquer un retour américain en récession : les flambées des prix de l'énergie ont toutes contribué à provoquer une récession depuis la seconde guerre mondiale, selon les estimations de Moody's. Certes, l'accord sur l'augmentation de la production auquel les pays de l'OPEP sont parvenus vendredi dernier devrait temporairement limiter la hausse des prix. Mais les tensions géopolitiques entre l'Iran et l'Arabie Saoudite pourraient de nouveau faire grimper les prix selon les spécialistes du secteur. Enfin, si le Congrès américain est parvenu à trouver un compromis en février dernier pour accroître les dépenses publiques de 300 milliards de dollars sur deux ans et suspendre temporairement le plafond de la dette, le risque d'un shutdown lorsque cet accord prendra fin, en mars 2019, pourrait également plonger le pays en récession.
En cas de récession, Pimco estime en tout cas que la phase de reprise suivante sera beaucoup plus lente et beaucoup plus molle que celle qui a suivi la crise de Lehman. Car les banques centrales disposeront de moins de marge de manoeuvre monétaire pour soutenir l'économie qu'en 2008, et les gouvernement de moins de marge de manoeuvre fiscale. "Les cinq à dix prochaines années pourraient être plus compliquées que celles que nous venons de vivre et le réveil des investisseurs sera sans doute douloureux", ont averti Andew Balls et Dan Ivascyn de Pimco, dans une tribune sur Bloomberg.
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