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Allemagne / PIB / Récession
L'Allemagne est-elle entrée en récession ?
L’Allemagne est-elle entrée en récession ? Après un recul de son PIB de 0,2 % au troisième trimestre de l’an dernier, les statistiques dévoilées par le pays pour le trimestre suivant sont peu reluisantes. Hier, le pays affichait une baisse de 1 % de ses nouvelles commandes industrielles pour le mois de novembre tandis que ce matin, Destatis annonçait que la production industrielle avait reculé de 1,9 % sur la même période, alors que le consensus tablait sur une hausse de 0,3 %. Certes, le recul de la production industrielle résulte notamment de la baisse de la production énergétique de 3,1 %, un élément volatile et donc difficile à anticiper.
Mais même en excluant cette composante, la production allemande a tout de même reculé de 1,8 %. Ce qui, selon Jack Allen, senior économiste Europe chez Capital Economics souligne notamment que les constructeurs automobiles allemands sont encore à la peine après l’introduction des nouvelles normes dites "WLTP" début septembre. Un élément qui avait plombé la production du secteur au troisième trimestre et contribué au recul du PIB allemand entre juillet et septembre.
Mais les difficultés du secteur automobile ne peuvent suffire à expliquer le ralentissement de la production industrielle, estime pour sa part Carsten Brzeski, économiste chez ING, qui rappelle que la dernière fois que le secteur a connu une phase d’expansion significative remonte au quatrième trimestre 2017. Depuis lors, la production a fait du surplace, tout d’abord en raison de contraintes sur l’offre et plus récemment à cause du ralentissement de la demande mondiale.
Car l’Allemagne, première grande économie exportatrice d’Europe, a largement souffert des tensions commerciales et du repli protectionniste américain l’an dernier. Le pays a d’ailleurs plus ralenti que le reste de la zone euro de 2017 à 2018 du fait de sa plus forte exposition à une demande extérieure qui allait en s’affaiblissant : la hausse moyenne du PIB réel est passée de 2,5 % à 1,5 %, contre de 2,5 % à 1,9 % en zone euro.
Dans ce contexte, "une récession technique ne peut plus être exclue ", affirme ainsi Carsten Brzeski, d’ING, qui estime que les chiffres de la balance commerciale dévoilés demain seront un bon indicateur de l’évolution du PIB allemand sur la dernière partie de l’an dernier. "La publication d'un autre mauvais indicateur demain, combiné à une forte accumulation des stocks aux deuxième et troisième trimestres, renforcerait le risque d’une récession technique", poursuit l’économiste.
Selon Mathieu Grouès, associé-gérant, responsable des gestions institutionnelles chez Lazard Frères Gestion, une récession technique n’est effectivement pas impossible mais "n’aurait pas d'autre matérialité que deux trimestres consécutifs de baisse". Si le pays est bien entré en récession technique, aucune destruction d’emploi ni aucune hausse du chômage, qui constituent selon le gérant les principales caractéristiques d’une récession, ne seraient constatées. Selon lui, les fondamentaux du pays restent bons et l'Allemagne devrait donc connaître un rebond de son économie en ce début d’année.
Car la demande intérieure ne montre pas de signes de grande faiblesse, avec un taux de chômage de 3,4 % seulement au mois de septembre, soit son plus bas niveau depuis la réunification. À noter que les migrants économiques et les demandeurs d’asile contribuent de plus en plus à pourvoir les postes vacants puisqu’entre le début de l’année et le mois de juillet, 300.000 étrangers supplémentaires ont trouvé un emploi, soit 50 % du total des postes créés. Les tensions sur le marché du travail ont par ailleurs permis aux syndicats allemands d’obtenir des hausses salariales non négligeables, qui devraient également contribuer à soutenir la consommation intérieure. Le pouvoir d’achat des Allemands devrait par ailleurs bénéficier du recul des prix du pétrole et de la politique de soutien budgétaire anticipée pour cette année.
Enfin, le projet de budget du gouvernement allemand prévoit un stimulus fiscal d’environ 0,5 point de PIB pour cette année, et, selon Oddo, "si besoin les marges de manœuvre sont bien plus larges", puisque le pays a rétabli sa dette sous les 60 % du PIB l’an dernier et affiché un excédent budgétaire de 1,5 % du PIB. Ce programme fiscal pourrait représenter un coût total de 90 milliards d’euros, soit 0,7 % du PIB par an. Ce qui sera un autre élément favorable à la ré-accélération de l'économie allemande en ce début d'année.
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