Taux - Dette Souveraine / France / Emmanuel Macron / PIB
Taux - Dette Souveraine
France / Emmanuel Macron / PIB
Les marchés font déjà payer les annonces de Macron
Le gouvernement italien doit sourire dans sa barbe : lui dont le budget pour l'an prochain a été jugé trop dispendieux et retoqué par la Commission, alors que son déficit devrait rester sous la barre des 3 % en 2019, vient d'apprendre que la France allait elle aussi mettre en place de nouvelles dépenses fiscales. Le Président Emmanuel Macron a ainsi annoncé hier soir toute une série de mesures destinées à calmer la colère des Gilets jaunes et apaiser le mouvement social, et qui selon les premières estimations, devraient coûter entre 10 et 15 milliards d'euros. Ce qui, selon les premiers calculs des analystes de la Société Générale pourrait faire grimper le déficit autour de 3,4 % du PIB, contre 2,8 % du PIB cette année. La France, qui venait tout juste de sortir de procédure de déficit excessif après 10 ans dans le collimateur de Bruxelles, devrait donc dès l'an prochain retourner dans le viseur de la Commission.
Les marchés l'ont bien compris, et le spead France-Allemagne tout comme le dix ans français étaient en hausse sensible ce matin. Les investisseurs redoutant que le pays ne rentre de nouveau dans la spirale vicieuse de la dépense non financée, ou plutôt financée par le creusement du déficit. Ainsi, le rendement des obligations à dix ans se traitait autour de 0,731 % soit en hausse de plus de 5,7 % par rapport à hier selon le site Investing.com, et contre 0,68 % le 2 décembre dernier. Le taux à dix ans avait déjà commencé à progresser au début du mouvement des Gilets jaunes dès le mois d'octobre, et même si le mouvement s'apaise en fin d'année (ce qui n'est pas certain puisqu'un nouvel appel à manifester a été lancé pour samedi) le taux dix ans pourrait continuer à grimper si Bruxelles sévit. Dès lundi soir, Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne, se disait vigilant face à l'éventuel impact budgétaire des mesures annoncées par la France.
L'écart de taux avec l'Allemagne a également progressé à la suite des déclarations du Président français, le spread passant de 43 points de base le 2 décembre à 46 pb ce matin. Autre indicateur que les investisseurs surveilleront de près pour suivre l'évolution du sentiment des marchés à l'égard de la situation française, le niveau des CDS du pays. Hier soir la prime de risque à cinq ans était ainsi en hausse de 3,19 % et de 21,9 % sur un mois. Elle pourrait continuer de monter dans les prochaines semaines.
Le gouvernement dispose cependant de quelques marges de manoeuvre en cas de remontée des rendements, puisqu'il a pour l'instant misé sur un scenario de taux très prudent pour l'an prochain : Pour l'instant, selon le projet de loi de finance 2019 publié la semaine dernière, le gouvernement mise sur un scenario de taux très prudent : il prévoit ainsi que le taux à dix ans des titres français sera situé aux alentours de 2,15% fin 2019, contre 0,731% aujourd'hui donc. Il reste que l'AFT a prévu de lever des montants records l'an prochain, avec un programme net de rachats de 195 milliards d'euros, soit le plus élevé de la zone euro, derrières l'Italie. Toute hausse des taux pèsera donc sur la charge de sa dette, au moment justement où le déficit grimpera du fait des nouvelles dépenses fiscales.
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