Indicateurs macros / PIB / croissance
Indicateurs macros
PIB / croissance
La croissance accélère, mais pas suffisamment
C’est mieux qu’en début d’année. Mais insuffisant pour atteindre l’objectif de croissance de 1,7% visé par le gouvernement pour 2018. L’INSEE a en effet dévoilé ce matin un PIB en hausse de 0,4% sur le troisième trimestre, après un début d’année atone, où la croissance n’avait progressé que de 0,2% sur chacun des deux premiers trimestres. Si ces meilleurs chiffres confirment que le trou d’air du premier semestre, qui a concerné l’ensemble des pays de la zone euro, est désormais passé, l’accélération constatée entre juin et septembre est tout de même inférieure à ce que le consensus prévoyait. Les équipes de l’OFCE, mais également la Banque de France anticipaient plutôt une hausse de 0,5% au T3, ce qui aurait permis d’assurer l’objectif visé par le gouvernement. Alors qu’avec cette première estimation chiffrée, l’acquis de croissance, c’est-à-dire le niveau qu’atteindrait le PIB si l’activité restait étale entre octobre et décembre, s’élève à 1,5% seulement.
Quels ont été les principaux moteurs de la croissance ce trimestre ? La consommation tout d’abord, puisque les dépenses des ménages ont progressé de 0,5%, après avoir reculé de 0,1% le trimestre précédent. La consommation de biens a nettement rebondi (0,6 % après -0,4%) et celle en services a un peu accéléré (0,3% après à, 1%). Mais ce sont surtout les dépenses en énergie qui ont particulièrement augmenté ce trimestre (+0,4% après -2,2%), après un second trimestre marqué par des températures de saison supérieures aux normales de saison. La formation brute de capital fixe (qui correspond aux dépenses d’investissement de long terme des entreprises) a progressé presque aussi fortement que le trimestre précédent, à hauteur de 0,8% après 0,9%. Au total, la demande intérieure a donc accéléré ce trimestre et permis de contribuer à la croissance à hauteur de 0,5 point, contre 0,2 point seulement entre avril et juin.
La production de biens et services a également accéléré ce trimestre, passant de 0,3% à 0,7%, avec une nette amélioration dans le secteur manufacturier (0,8% après -0,1%), tandis que la construction a marqué le pas (0% après 0,6%). Enfin, le commerce extérieur a contribué positivement à la croissance du PIB (à hauteur de 0,1 point après avoir pesé de 0,2 point sur le PIB au trimestre précédent), puisque les importations ont ralenti (0,3% après 0,7%), alors que les exportations ont accéléré (0,7% après 0,1%). Les variations de stock ont en revanche pesé sur le PIB ce trimestre.
"Globalement les chiffres de ce trimestre sont plutôt encourageants, et l’effet stocks masque une demande intérieure qui est plutôt bonne. Hors effets stock, le PIB aurait progressé de 0,6% à 0,7%", explique ainsi Julien Manceaux, analyste chez ING. Selon lui, même si les investissements se stabilisent au dernier trimestre, la consommation devrait continuer de progresser soutenue notamment par des dépenses en énergie en raison de prix du pétrole toujours élevés. Par ailleurs, l'euro faible devrait encore soutenir les exportations. La France devrait donc parvenir à maintenir un rythme de 0,4% sur le dernier trimestre de cette année. Cependant, selon les équipes d'HSBC, le scénario d'une croissance de 0,4% au quatrième trimestre est orienté à la baisse : les dernières enquêtes de confiance des ménages n'étaient pas très bonnes, souligne Chantana Sam, analyste chez HSBC. "Ce qui suggère que la hausse du revenu disponible des ménages pourrait être mise de côté plutôt que dépensée", poursuit l'analyste, qui pointe ainsi le fort recul de la consommation des ménages au mois de septembre.
Surtout, selon Julien Manceaux si la croissance française atteint 1,5% ou 1,6% cette année, elle devrait en revanche nettement décélérer l'an prochain, dans un contexte de ralentissement généralisé en zone euro, avec le resserrement des taux directeurs et la réduction du crédit qui en découlera. ING ne prévoit ainsi que 1,4% de croissance l'an prochain puis 1,3% en 2020. Or les principales coupes budgétaires prévues par le gouvernement n'auront lieu qu'après 2019, à une période où la croissance sera donc beaucoup moins porteuse. "Il sera difficile pour le gouvernement de trancher dans le vif au niveau des dépenses au moment où la conjoncture ralentit", avertit Julien Manceaux.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

