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Politique économique / Bruno Le Maire / croissance / Déficit / France

Politique économique
Bruno Le Maire / croissance / Déficit / France

Croissance : le gouvernement contraint d'ajuster le tir

Le ministre de l'Economie a annoncé ce matin que le gouvernement allait revoir ses prévisions de croissance pour l'année en cours, prenant acte des chiffres décevants du PIB au deuxième trimestre. Mais il devra également ajuster ses objectifs d'économies s'il veut pouvoir atteindre son objectif de déficit.
Bruno Le Maire
Bruno Le Maire

La rentrée budgétaire risque d'être mouvementée pour le gouvernement, alors que plusieurs mauvaises nouvelles sur le plan macro ont été dévoilées ces derniers jours. Non seulement la DARES a révélé que le chômage avait augmenté de 0,1% au deuxième trimestre, mais l'INSEE a annoncé vendredi que la croissance avait stagné sur la même période, en hausse de 0,2% seulement, quand le consensus tablait plutôt sur 0,3%.

Du coup, le ministre de l'Economie a préféré prendre les devants et déclaré ce matin sur BFM TV que le gouvernement allait réviser ses perspectives de croissance pour l'année en cours. Si le projet de loi de Finances est construit sur une hypothèse de 1,7% de hausse, Bruno Le Maire a plusieurs fois annoncé depuis le début de l'année que le PIB progresserait de 2% en 2018. Un excès d'optimisme qu'il doit déjà regretter : car pour l'instant, l'acquis de croissance (c'est-à-dire la performance du pays sur l'année si le PIB restait à 0,2% au T3 et T4) n'est que de 1,3%, soit bien loin des 2% promis par le ministre. Et même pour atteindre 1,7% de croissance, il faudrait que le PIB progresse deux fois plus vite au cours des deuxième et troisième trimestres. 

Pour atteindre 2%, ce rythme devrait même être cinq fois plus rapide, ce qui parait totalement inenvisageable, vu le contexte international de guerre économique, et alors que les "facteurs temporaires" cités par l'INSEE et le ministre pour justifier les mauvaises performances de début d'année pourraient en réalité perdurer en seconde partie d'année. Ainsi Bruno Le Maire a-t-il affirmé ce matin que la hausse des prix du pétrole et les tensions internationales avaient contribué à grever le PIB. Or l'INSEE a publié ce matin les chiffres de l'inflation pour le mois de juillet, qui ont sensiblement progressé sur un an, de 2,3%, "en raison de l'accélération des prix de l'énergie et dans une moindre mesure des services". La hausse des prix n'est donc pas terminée et pourrait donc continuer de peser sur le PIB au troisième trimestre. Par ailleurs, il est difficile de prévoir les prochaines décisions du Président Trump en matière douanière, tant le chef d'Etat américain est impulsif et rapide à mettre en application ses menaces. Il est donc un peu risqué de miser sur un apaisement immédiat des tensions commerciales, pour faire repartir la croissance française. 

Ce que le ministre Bruno Le Maire n'a pas dit ce matin, mais qu'il devra néanmoins annoncer à la rentrée s'il ne veut pas entacher la réputation de sérieux budgétaire que la France était progressivement en train de regagner auprès de Bruxelles, c'est que le gouvernement devra aussi réaliser des économies supplémentaires d'ici la fin de l'année. Car d'un point de vue comptable, si la croissance est revue à la baisse, les recettes de l'Etat seront du même coup inférieures à ce qui était prévu. Certes, le PLF est fondé sur une prévision de 1,7% pour 2018, et l'objectif de ramener le déficit à 2,3% du PIB ne parait pas encore à ce stade menacé. Mais il serait plus prudent de prévoir des marges de manoeuvre si la conjoncture continuait de stagner dans les prochains mois. Le défi le plus important sera pour 2019, où le gouvernement mise sur une croissance de 1,9%, et un déficit de 2,4% du PIB, objectifs que la Cour des comptes a déjà qualifiés d'"un peu élevés". D'autant que le gouvernement a prévu de transformer le CICE en baisses de charges définitives pour les entreprises à partir de l'an prochain, ce qui devrait représenter un coût de 1% du PIB environ... Il va donc sans doute devoir revoir son objectif de déficit à la hausse, tout en donnant davantage de détails sur les économies qu'il entend réaliser pour rester dans les clous. Il risque sinon de recevoir un avertissement non seulement de la Cour des comptes, mais de Bruxelles, qui garde encore un oeil vigilant sur les finances de la France, tout juste sortie de procédure de déficit excessif. 

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