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Déficit / France / Institut Molinari / Etude
La France continue de vivre à crédit
Si l'Italie est actuellement dans le viseur de la Commission en raison d'un projet de loi budgétaire pour 2019 jugé beaucoup trop dispendieux, elle ne figure pourtant pas parmi les plus mauvais élèves en termes de gestion de ses finances publiques. Ainsi, selon une étude publiée aujourd'hui par l'institut économique Molinari, en 2017 l'Italie avait dépensé toutes ses recettes de l'année le 28 novembre, tandis que la France avait épuisé les siennes dès le 15 novembre. L'an dernier donc, la France a commencé à vivre à crédit 47 jours avant la fin de l'année, contre une moyenne de 18 jours pour l'ensemble des États de l'UE. L'Hexagone se retrouve donc en troisième position des États ayant dépensé le plus tôt dans l'année toutes leurs munitions, contre la sixième place pour l'Italie. "Sur les dix dernières années, l'Italie a plutôt été une bonne gestionnaire de ses ressources, et affiché un excédent budgétaire tous les ans de 2007 à 2017, à l'exception de 2009, où elle a affiché un petit déficit annuel", expliquait ainsi ce matin Azad Zangana, économiste et stratégiste senior chez Schroders, lors d'une conférence organisée par le gestionnaire d'actifs.
On ne peut clairement pas dire de même de la France ces vingt dernières années : en moyenne, l'État français a ainsi figuré en 20ème position des États à court de recettes les plus tôt dans l'année, depuis 1997. Des contre-performances qui, selon l'institut économique, "s’expliquent par l’incapacité française à rééquilibrer durablement ses comptes en période d'embellie". Entre 1999 et 2001, les déficits français restaient supérieurs à 30 jours, alors que l’UE était quasiment à l’équilibre en 2000. De même plus récemment, la France n'a-t-elle pas profité de la reprise post-crise de 2008 pour résorber son déficit, contrairement à la plupart des administrations centrales de l’UE.
Le mouvement de rééquilibrage des comptes français post-crise (2009-2013) s’est ainsi essoufflé plus vite qu’ailleurs, il y a 5 ans, déplorent les chercheurs de l'institut Molinari. Du coup, le déficit de l’administration centrale française est reparti à la hausse entre 2014 et 2016, au rythme d’un jour non financé en plus par an. Une situation qui contraste avec le reste des États de l'UE, qui en moyenne sont parvenus à résorber leurs déficits de 5 jours par an.
Indépendamment des chocs liés aux à-coups conjoncturels, la situation française s’est perpétuellement détériorée. En moyenne, "le jour où toutes les ressources sont consommées" a avancé de 1,25 jour par an depuis 1980. 1980 est donc la dernière année où les comptes de l'État français étaient à l'équilibre. Depuis, tous les exercices ont été déséquilibrés selon les chiffres d'Eurostat cités par l'institut Molinari. Ainsi, depuis 2014, l'État français vit désormais à crédit pendant une cinquantaine de jours, contre une vingtaine de jours dans les années 1980.
Sachant que cette dégradation des finances publiques françaises résulte avant tout de la hausse des dépenses publiques du pays et non d'une diminution des recettes de l'État. Les dépenses publiques sont passées de 45,2 % du PIB en 1978 à 56,5 % en 2017. Soit une hausse de 11,3 points. Cette augmentation a été concentrée sur 3 périodes de crises : 1978-1985 (+7,1 points), 1989-1993 (+5,7 points), 2007-2009 (+4,6 points). En parallèle, les recettes publiques ont augmenté significativement en France depuis des décennies par rapport au PIB. Elles sont passées de 43,4 % du PIB en 1978 à 53,8 % en 2017. Cela représente une hausse de 9,4 points. Cette augmentation a été concentrée sur 3 périodes : 1978-1985 (+5,9 points), 1992-1996 (+3 points) et 2010-2016 (+3,2 points).
Et si l'on en croît les prévisions des chercheurs de l'institut Molinari, la situation ne devrait pas s'améliorer cette année ni l'an prochain. Selon leurs projections réalisées à partir de la Loi de finances révisée pour 2018 et du dossier de présentation du Projet de loi de Finances pour 2019, le nombre de jours de dépenses non financées par l'administration centrale française devrait à nouveau augmenter. Il pourrait représenter 56 jours fin 2018 et... 67 jours fin 2019 ! La France, qui vient tout juste de sortir de la procédure de déficit excessif, devra donc gérer ses finances avec beaucoup plus de rigueur, si elle veut parvenir à rester hors du champ de vue de Bruxelles. Mais surtout si elle veut réussir à assainir durablement ses comptes publics.
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