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Politique européenne / Austérité / Maastricht / Déficit / Relance

Politique européenne
Austérité / Maastricht / Déficit / Relance

Europe, la fin de l'austérité ?

Alors que les premiers indicateurs conjoncturels de début d'année sont plutôt mal orientés, les politiques de soutien budgétaires que l'Allemagne, Italie et la France ont prévu de mener cette année pourraient éviter que le ralentissement ne soit trop brutal.
Pierre Moscovici
Pierre Moscovici

L'heure n'est visiblement plus à la rigueur budgétaire en Europe. Certes, la Commission a appelé l'Italie à revoir sa copie en fin d'année dernière (le déficit italien devrait finalement atteindre 2,04 % cette année au lieu des 2,4 % initialement annoncés). Mais le pays s'apprête tout de même à accroître ses dépenses publiques de plus de 10 milliards d'euros pour 2019, avec notamment l'instauration du revenu citoyen et la possibilité pour les Italiens de partir en retraite anticipée. 

Le gouvernement français a de son côté annoncé 10 milliards d'euros de dépenses supplémentaires pour cette année, afin d'apaiser les tensions sociales et de prendre en compte les principales revendications des protestataires. Des dépenses qui, comme l'a rappelé le président de la Cour des comptes hier, feront grimper le déficit à hauteur de 3,2 % du PIB en 2019, tandis que la dette de la France "tangente désormais la barre symbolique des 100 %". Si Didier Migaud a appelé le gouvernement à intensifier les réformes afin de ne pas laisser filer les finances de la France une fois encore, la Commission s'est pour l'instant montrée "compréhensive" vis-à-vis du gouvernement, selon les propres termes du ministre de l'Économie Bruno Le Maire. 

Enfin l'Allemagne ex-chantre de l'austérité budgétaire, commence à s'interroger sur la façon de mieux dépenser une partie de son excédent, qui a atteint l'an dernier le niveau record de 59,1 milliards d'euros. Le programme budgétaire de la coalition pour la période 2018-2022 prévoit ainsi 90 milliards d'euros de dépenses environ, mais plusieurs personnalités de la coalition appellent à accroître ces dépenses pour mieux amortir un éventuel ralentissement. Le ministre de l’Économie chrétien démocrate Peter Altmaier a ainsi annoncé qu’il souhaitait aller plus loin que ce qui avait été initialement négocié dans la relance de l’économie allemande, tandis que la poulain d'Angela Merkel et nouvelle cheffe de la CDU AKK a également appelé à accroître les dépenses publiques cette année. 

L'année 2019 pourrait donc être celle de la plus grande relance budgétaire en Europe, sans que la Commission ne fasse trop entendre sa voix. Sans doute par crainte que le rappel trop scrupuleux des règles de Maastricht ne renforce les rangs des partis populistes, à quelques mois des élections européennes. Ces politiques keynésiennes pourraient également permettre d'éviter un ralentissement trop fort de l'économie européenne, au moment où de plus en plus de banques ont revu leurs perspectives de croissance à la baisse. La semaine dernière JP Morgan Chase revoyait ainsi fortement ses prévisions de PIB pour la zone euro pour 2019, de 2 % à 1,5 % et décalait ses anticipations de première hausse des taux directeurs à fin 2020.

Si les mesures de relance ne permettent effectivement pas de compenser l'impact du ralentissement mondial et notamment de la croissance chinoise, le président de la BCE pourrait renoncer à remonter les taux avant la fin de son mandat. Mario Draghi s'est d'ailleurs montré relativement prudent concernant la conjoncture de la zone euro cette année lors de son audition au Parlement européen lundi. Et les chiffres de l'inflation dévoilés hier, passée de 2,2 % à 1,6 % en décembre, ne soutiennent pas vraiment la thèse d'une accélération des prix ni de justifier un resserrement monétaire rapide : au-delà de l'effet baisse du baril, l'inflation sous-jacente reste très faible, avec une accélération de 0,3 ppt seulement en... cinq ans. La réunion de la BCE jeudi prochain sera donc surveillée de près par les marchés, pour savoir si Mario Draghi reste confiant dans l'évolution de l'économie de la zone euro cette année, et s'il maintient le forward guidance sur les taux annoncé depuis six mois. 

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