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Politique économique / Taux-dette souveraine / Pays émergents / Austérité / Inflation / Taux

Politique économique
Taux-dette souveraine / Pays émergents / Austérité / Inflation / Taux

Dette mondiale : un tsunami se prépare

La dette mondiale a progressé de 15 000 milliards de dollars depuis 2019 et devrait atteindre 365% du PIB mondial d'ici fin décembre, en raison des programmes fiscaux gigantesques instaurés pour faire face à la crise.
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C'est une des conséquences les plus alarmantes de la crise de la Covid : l'endettement mondial a littéralement flambé cette année, du fait des programmes de soutien budgétaire sans précédent instaurés par les États pour soutenir leurs économies. Selon une étude publiée par l'Institute of International Finance, la dette globale a ainsi grimpé de quelque 15 000 milliards de dollars entre janvier et septembre 2020, pour atteindre 270 000 milliards. L'endettement mondial (privé et public) devrait ainsi représenter 365% du PIB d'ici la fin de l'année, contre 320% fin 2019. 

Près de la moitié de la hausse est imputable aux États (pour 60%, soit une progression de 9 000 milliards) : la dette des entreprises non financières elle, a progressé de 4 300 milliards et celle des ménages de 500 milliards sur la même période. En termes géographiques, le fardeau des pays développés a grimpé de 50 points de pourcentage depuis janvier, et atteint 432% du PIB à la fin du troisième trimestre 2020, contre 380% fin 2019. Les États-Unis représentent à eux seuls près de la moitié de la hausse de l'endettement des pays les plus riches : leur dette devrait grimper jusque 80 000 milliards de dollars cette année, contre 71 000 milliards en 2019. Cette envolée de la dette américaine est surtout le fait des dépenses colossales de l'État, dont l'endettement a progressé de 3 700 milliards, contre une hausse de 1 700 milliards pour les entreprises du pays, hors financières.

Le ratio de dette des pays émergents lui, a grimpé de 26 points de pourcentage, jusque 250% du PIB et 355% pour la Chine. L'IIF est particulièrement inquiet pour cette catégorie d'États, qui devront rembourser l'an prochain près de 7 000 milliards de dollars d'emprunts, dont 15% sont libellés en dollars, les rendant plus sensibles à toute fluctuation de change. Sachant que les pays émergents connaissent moins d'entrées fiscales en raison de la crise économique actuelle et ont donc moins de fonds disponibles pour rembourser les titres arrivant à échéance. Cette semaine d'ailleurs, la Zambie a annoncé qu'elle ne pourrait honorer ses créanciers cette année, devenant le sixième État en développement à faire défaut depuis le début 2020.

"Il y a de lourdes incertitudes sur la manière dont l'économie mondiale pourra se désendetter à l'avenir sans conséquences négatives importantes pour l'activité économique", estime l'IIF. Selon l'institut en effet, l'envolée de l'endettement depuis 2016 (+52 000 milliards de dollars contre +6 000 milliards de dollars entre 2012 et 2016) ne s'est pas accompagnée d'une accélération de la croissance. "Ce qui signifie que nous sommes en train d'assister à une réduction significative de la possibilité de faire baisser la dette par la croissance", explique ainsi Emre Tiftik, d'IIF. "Des mesures de soutien agressives continueront d'être mises en place et pèseront encore durablement sur le fardeau de la dette", poursuit le directeur de la recherche.

Selon l'institut, la prochaine décennie devrait se traduire par la poursuite d'une réponse fiscale reflationniste, plutôt que des politiques d'austérité, comme cela a été le cas après la crise de 2008. C’est également la conclusion des équipes de Capital Economics dans une note sur les conséquences de long terme de l'épidémie. Selon eux, la pandémie va entraîner une hausse colossale de l'endettement mondial. Et la combinaison d'une croissance forte et de taux d'intérêt bas devrait permettre aux États de réduire leur fardeau sur le long terme, sans avoir besoin de passer par l'austérité. Dans le même temps, les banques centrales pourraient devenir plus tolérantes à l'égard de l'inflation, voire en faire un objectif de politique monétaire, afin de réduire l'endettement. Malgré ce message a priori rassurant de taux bas pour longtemps et d'une reprise graduelle de l'économie mondiale, les projections de l'IFF pour la dette globale à long terme sont peu rassurantes : "si elle continue de croître au rythme des 15 dernières années, nous estimons qu'elle pourrait dépasser les 360 000 milliards de dollars d'ici 2030, soit 85 000 milliards de plus qu'aujourd'hui".

 

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