Politique monétaire / BCE / Olli Rehn / Inflation
Politique monétaire
BCE / Olli Rehn / Inflation
Le successeur de Draghi va-t-il abandonner le dogme des 2 % ?
Les potentiels successeurs de Mario Draghi font entendre leur voix depuis quelques semaines : après les propos de François Villeroy de Galhau sur les taux négatifs début mars, puis ceux de Benoit Coeuré, sur la fin des achats de titres, le gouverneur de la Banque centrale finlandaise Olli Rehn s'est exprimé ce matin sur la stratégie monétaire de la BCE. L'ancien commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, nommé à la tête de la Banque de Finlande en juin 2018, est considéré comme l'un des trois candidats les plus crédibles pour diriger la BCE à partir de novembre 2019, quand l'Italien Draghi aura rendu son tablier.
Si c'est le cas, il pourrait donner une nouvelle direction à la stratégie monétaire menée par la BCE depuis plus de vingt ans ; le gouverneur nordique a effectivement souligné ce matin que l'évolution récente des prix avait réduit la capacité de la BCE à atteindre son objectif de stabilité de l'inflation autour de 2 %, ce qui risquait à terme de nuire à sa crédibilité. "L'interdépendance entre l'activité économique et les pressions inflationnistes semble s'être réduite ces dernières années", a ainsi affirmé Olli Rehn. "Si ce phénomène devait se révéler durable, il impliquerait une diminution de l'impact de la politique monétaire sur l'inflation par le biais de la demande globale".
Selon le responsable de la Banque de Finlande, les anticipations des consommateurs eux-mêmes concernant l'inflation future sont depuis longtemps inférieures à l'objectif de stabilité des prix fixé par la BCE. Or ces hypothèses risquent de s'avérer "autoréalisatrices", a averti l'ancien commissaire économique de l'UE. Selon lui, la stratégie de politique monétaire devrait donc faire l'objet "d'un réexamen".
Le but n'étant pas de remettre en cause la mission principale de Francfort de stabilité des prix, mais plutôt de revoir les principes de base, hypothèses et outils utilisés pour la mise en œuvre de la politique monétaire. Car malgré tous les efforts mis en place par la banque centrale depuis la crise de 2008, et l'instauration de politiques non conventionnelles de très grande ampleur (taux directeurs au plus bas, achats de titres, forward guidance), l'inflation est encore très basse. Eurostat a justement publié ce matin l'indice IPCH pour le mois de février, situé en légère hausse, à 1,5 % mais toujours bien en deçà de l'objectif de 2 % visé par la BCE.
Il est vrai que la courbe de Phillips, qui établit un lien entre chômage, salaire et inflation et sur laquelle la BCE a basé son interprétation d'objectif de prix (maintien de la hausse annuelle des prix à un rythme proche mais inférieur à 2 %), ne semble plus fonctionner. Le chômage a baissé et les salaires sont en hausse dans la plupart des pays de la zone euro, sans pour l'instant avoir impacté les prix. Et nombre d'économistes commencent à douter que cela arrive un jour, bien que le président de la BCE répète à chacune des conférences de presse que la hausse des salaires devrait finir par se répercuter sur les prix. Francfort a d'ailleurs abaissé ses perspectives d'inflation lors de ses dernières projections économiques de mars : selon la banque des banques, l'indice IPCH atteindra 1,2 % seulement cette année, 1,5 % l'an prochain et 1,6 % en 2021…
Alors pourquoi ne pas modifier cet objectif de prix, pour mieux tenir compte du nouvel environnement économique, comme semble le suggérer Olli Rehn ? D'autant qu'aucun chiffre précis n'est spécifié dans le protocole annexé au traité sur le fonctionnement de l'UE décrivant les missions de la BCE. "L’objectif principal du Système européen de banques centrales [...] est de maintenir la stabilité des prix", est-il simplement écrit dans l'article 127, paragraphe 1, du traité. L'objectif de 2 % a donc été fixé par les gouverneurs car il représentait le niveau de prix le plus raisonnable (1 % aurait été trop proche de 0 %) et le mieux maîtrisable, au moment de la création de l'institution. Mais rien n'obligeait un tel niveau dans les textes européens.
Plusieurs fois interrogé sur un potentiel changement d'objectif de prix depuis le début de son mandat, le président de la BCE a toujours botté en touche : selon lui, en rectifiant sa target d'inflation, Francfort risquerait de nuire à sa crédibilité de garante de la stabilité monétaire, et d'abandonner son seul et unique objectif. Si la faiblesse de l'inflation perdure, son remplaçant pourrait toutefois accepter de révolutionner le dogme des 2 %. La Banque centrale de Finlande a en tout cas soumis au Conseil de la BCE une proposition allant dans ce sens.
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