Taux - Dette Souveraine / France / BCE
Taux - Dette Souveraine
France / BCE
Pourquoi le dix ans français baisse
L'Agence France Trésor a émis ce matin pour 7,5 milliards de titres à court terme et malgré des taux très peu attractifs, est parvenue à attirer une forte demande : les obligations à échéance février 2021 ont ainsi été émises à un rendement négatif de -0,40% assorti d'un taux de couverture de 2,4 tandis que les titres mars 2024 ont rencontré une demande 1,95 fois supérieure à l'offre malgré un taux de 0,01% seulement.
Des rendements très faibles donc et en baisse par rapport à la dernière émission de même échéance, mi-mai, où l'AFT avait émis des obligations février 2021 à un taux de -0,30%. La chute des rendements ne concerne d'ailleurs pas uniquement les taux courts français mais bien l'ensemble des titres souverains de l'Hexagone, qui ont connu depuis le mois de mai un fort mouvement de repli. Ainsi le dix ans, qui s'échangeait encore autour de 1,17% en mars, puis de 0,85% mi-mai, se traite désormais autour de 0,57%. Comment expliquer ce mouvement ?
La crise politique en Italie tout d'abord a entraîné une hausse sensible des taux souverains en zone euro et de l'ensemble des spreads contre le Bund, les investisseurs ayant alors redouté que l'arrivée d'un gouvernement populiste dans le pays ne déstabilise l'ensemble des marchés de la région : du coup, le spread France-Allemagne, qui tournait autour de 20 points de base avant le résultat des élections, a grimpé jusque 40 points de base fin mai, au moment de la crise politique italienne. Depuis, le nouveau gouvernement est parvenu à apaiser les marchés en mettant de côté ses propositions les plus eurosceptiques, ce qui a permis de faire baisser l'ensemble des taux de la zone euro, dont ceux de la France donc. "L'amélioration de la situation côté italien a joué sur les taux français mais également espagnols et portugais et tous les spreads se sont resserrés", explique ainsi Cyril Regnat, stratégiste chez Natixis.
Sans surprise, la réunion de politique monétaire de la BCE mi-juin a également beaucoup influencé l'évolution des taux français depuis lors. Le président Mario Draghi a précisé le calendrier de resserrement des taux et déjoué les anticipations des marchés qui misaient sur un premier relèvement au mois de juin 2019. En annonçant que la BCE ne modifierait pas les taux jusque l'été 2019 au moins, Francfort a donc décalé de quelques mois les anticipations de marchés, et pesé du même coup sur les taux européens. "La BCE a provoqué une correction globale des marchés obligataires en déjouant les anticipations des marchés", explique encore le stratégiste de Natixis. Du coup, les marchés qui misaient sur un EONIA autour de 56 points de base à horizon décembre 2020, ont revu leurs anticipations à la baisse, et prévoient désormais un EONIA autour de 38 pb d'ici fin 2020.
L'environnement de guerre commerciale, enfin, a contribué à faire baisser les taux français et ceux des pays de la zone euro, les investisseurs ayant quelque peu délaissé les marchés actions pour se tourner vers les obligations les moins risquées, dont la France fait partie. "Cette thématique de 'trade war' tend à maintenir des niveaux d'aversion au risque élevés", conclut Cyril Regnat.
La France devrait donc continuer à émettre à des taux encore historiquement bas, au moins jusqu'à la fin de l'année, étant donné le calendrier prudent du tapering et le risque que les tensions commerciales ne s'enlisent.
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