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Mario Draghi / BCE / Taux
A quand la première hausse des taux pour la BCE ?
La BCE a publié hier soir sur son site le compte-rendu de la dernière réunion de politique monétaire, qui a eu lieu mi-juin à Riga. Et sans surprise, ces Minutes traduisent un certain consensus au sein des gouverneurs concernant le calendrier de retrait de la BCE, comme Mario Draghi l'avait laissé entendre lors de la conférence de presse en Lettonie. Le président de la BCE avait alors affiché un certain optimisme, citant un niveau de croissance encore solide, malgré le léger ralentissement de début d'année et une inflation, qui devrait progressivement atteindre l'objectif visé par la BCE, de 2%. "En lisant entre les lignes des Minutes, on comprend que la BCE a souhaité donner l'impression que l'annonce de la fin du QE était la chose la plus normale du monde. Une évolution naturelle des précédents recalibrages", commente ainsi Carsten Brzeski, chef économiste chez ING.
En début de semaine pourtant, des rumeurs ont circulé concernant des dissensions au sein des gouverneurs pour avoir quand serait le meilleur moment pour procéder à la première hausse des taux. Rappelons que Mario Draghi a annoncé mi-juin que les achats de titres passeraient de 30 milliards à 15 milliards d'euros par mois à partir de septembre prochain, pour prendre fin en décembre, et expliqué que les taux seraient maintenus à leurs niveaux actuels "au moins jusqu'à l'été 2019" et "en tous cas aussi longtemps que nécessaire pour assurer une évolution de l'inflation conforme aux anticipations de la BCE d'un ajustement durable des prix".
Mais, chose étonnante, la première traduction mise en ligne sur le site de la BCE et qui retranscrivait en français le contenu de la conférence de presse, mentionnait que les taux resteraient à leurs niveaux actuels au moins "jusqu'à la fin de l'été 2019". Une petite nuance qui a pourtant de l'importance aux yeux des marchés et prévisionnistes : désormais la nouvelle traduction (la première est encore visible mais a été rayée) semble annoncer une hausse des taux potentiellement plus tôt que prévu. Et alors que les marchés misaient sur fin août ou septembre 2019, certains anticipent un relèvement dès le mois de juillet 2019, soit dans un an exactement. Ce qui devrait convenir aux plus faucons des gouverneurs, qui, selon des informations Bloomberg en début de semaine, s'inquiétaient que la BCE se soit engagée à ne pas relever les taux avant 12 mois au moins.
A quand donc la première hausse des taux ? Aura-t-elle lieu à l'été 2019 ? Ou en septembre ? Voire en octobre ? Selon Capital Economics, le texte des Minutes souligne que les gouverneurs se sont entendus pour communiquer le plus clairement possible sur le caractère ouvert du "forward guidance", signifiant que la date de fin des achats de titres et de la première hausse des taux étaient vraiment fonction de l'évolution de la conjoncture et de l'inflation. Ce qui selon eux signifie que les taux pourraient au contraire être maintenus à leurs niveaux actuels jusque l'automne 2019. "Nous continuons de privilégier une première hausse des taux pour septembre 2019 et il est probable qu'elle ait lieu même plus tard", explique ainsi Jennifer McKeown, chef économiste au sein du cabinet de recherche. Même son de cloche chez HSBC, qui mise de son côté sur une première hausse en octobre 2019.
Les analystes d'ING eux sont circonspects. Selon Carsten Brzeski, il est en réalité beaucoup trop tôt pour se livrer à ce genre de spéculation et il serait étonnant que les gouverneurs aient déjà sérieusement discuté du sujet. "La BCE a encore les mains totalement libres pour orienter sa sortie de QE cette année. Et tout ralentissement de l'économie plus prononcé que prévu, du fait de la guerre commerciale, ou toute absence de reprise de l'inflation pourrait modifier son calendrier initial du tapering", poursuit l'économiste d'ING.
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