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Politique monétaire / Fed / Taux / Politique monétaire

Politique monétaire
Fed / Taux / Politique monétaire

Jerome Powell n’a pas de boule de cristal, et il le sait

Comme prévu, la Réserve Fédérale a relevé ses taux directeurs pour la troisième fois cette année, si bien qu’ils sont supérieurs à l’inflation pour la première fois depuis 2008. S’il a reconnu la bonne santé de l’économie, Jerome Powell s’est employé à ne pas s’engager sur des prévisions, notamment en raison des tensions commerciales.
Jerome Powell, gouverneur de la Fed
Jerome Powell, gouverneur de la Fed

Jerome Powell est le premier non économiste à la tête de la Fed, et plus que tous les autres il veut éviter de se laisser enfermer par les chiffres. Si bien que les conférences de presse de politique monétaire de la Réserve Fédérale tournent toutes au même manège : les journalistes et économistes lui demandent comment il anticipe l’évolution de l’économie, des marchés financiers, de la guerre commerciale etc. en espérant avoir des indices sur le rythme à venir de la hausse des taux. Sauf que cet ancien banquier d’investissement et gérant de private equity sait plus que quiconque à quel point la conjoncture peut se retourner vite, et montre le plus grand dédain envers toutes les formes de projection.

Ainsi, la Réserve Fédérale s’en est tenue à ce que l’on attendait d’elle : elle a, comme cela était largement anticipé, relevé ses taux directeurs de 25 points de base entre 2 et 2,25%. Cela les place à un niveau supérieur à celui de l’inflation sous-jacente, qui a atteint un rythme annuel de 2% en juillet dernier, mais aussi au-dessus des 2% pour la première fois depuis mars 2008, lorsqu’elle avait baissé ses taux pour éviter une liquidation de Bear Stearns. En outre, la banque centrale américaine a supprimé le mot "accommodante" de son communiqué, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle compte accélérer la cadence. Au contraire, le comité de politique monétaire a voulu ici s’affranchir d’une autre prévision, celle de la définition du taux neutre, qui ne contribue ni à la surchauffe ni à un coup d’arrêt sur l’économie. Ce taux est précisément très difficile à établir, et la Fed souhaite se ménager le plus de marges de manœuvre sur des équations économiques complexes et peu crédibles.

Jerome Powell peut aussi avancer un autre argument pour contrer toute question sur ses prévisions : la politique monétaire n’est pas le seul fruit de sa décision, mais de celle des 16 membres du comité de politique monétaire. Ainsi, douze d’entre eux anticipent désormais une quatrième hausse de taux d’ici à la fin de l’année, alors qu’ils n’étaient encore que huit sur 15 en juin dernier, et même quatre sur 16 en décembre 2017. Les avis sont donc mouvants, et le président doit prendre en compte cette capacité des membres votants à faire évoluer leur appréciation en fonction des indices macros, mais aussi des risques géopolitiques.

Sur ce sujet, Jerome Powell a reconnu que les tensions commerciales étaient un sujet de préoccupation majeur pour de nombreuses entreprises américaines, qui craignent de devoir augmenter leurs prix pour compenser ces frais plus élevés. Mais a précisé que cela ne s’était pas encore matérialisé dans les données à l’heure actuelle. A nouveau, le patron de la Réserve Fédérale a expliqué "suivre" la situation de très près, en se refusant catégoriquement à toute anticipation, tout comme le niveau historique des marchés financiers ou encore la courbe de l’inflation, inhabituellement peu élevée pour ce niveau de croissance. Une fois de plus il a hier fait preuve d’une grande précision, concision et sagesse dans ses propos, mais les marchés ont été semble-t-il déçus : le Dow Jones a clôturé en baisse de 0,4% après un début de séance dans le vert, et les Treasuries à 10 ans qui évoluaient à plus de 3,1% s’échangeaient à 3,04% après-Bourse.

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