Politique monétaire / Macro-économie / Jerome Powell / Fed
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Macro-économie / Jerome Powell / Fed
Jerome Powell, l’art de ne pas trop en dire
Une audition devant le Sénat, puis demain devant la Chambre des Représentants, est toujours un exercice délicat pour un dirigeant de banque centrale qui ne souhaite pas sortir du carcan de la politique monétaire et des taux. Or, les sénateurs ne semblaient pas tant intéressés par le rythme de hausse des taux, que par la progression des salaires, les effets de la réforme fiscale ou des tarifs douaniers sur la croissance, ou encore la dérégulation financière. Jerome Powell a donc mis en œuvre de subtiles tactiques d’esquive, même s’il n’a parfois pas eu d’autre choix que de s’expliquer. Comme face à la sénatrice Elizabeth Warren qui l’a épinglé pour avoir donné le feu vert à Goldman Sachs et Morgan Stanley lors des stress tests, et leur a permis de sauver 5 milliards de dollars de distribution à leurs actionnaires. Ce dernier s’est défendu en assurant que ces stress tests étaient les plus stricts jamais réalisés.
Sur sa politique monétaire, Jerome Powell a maintenu le discours selon lequel la croissance économique forte et une inflation contenue autour de 2% offraient les bonnes conditions pour continuer à remonter graduellement les taux. S’il a jugé qu’il était encore trop tôt pour voir les premiers effets de la réforme fiscale, il n’a pas hésité à indiquer que la croissance serait « considérablement » supérieure au deuxième trimestre par rapport au premier, alimentant les prévisions d’un PIB en hausse d’au moins 3%, voire 4% pour les plus optimistes. Et alors que la hausse des prix a atteint 2,9% en rythme annuel au mois de juin, il a reconnu que le « challenge » serait de la maintenir autour de la cible des 2%, confirmant le scénario d’une Fed plutôt bullish.
Pourtant, les sujets d’inquiétude ne manquent pas et ont été soulevés avec insistance par les sénateurs. La guerre commerciale est bien sûr dans tous les esprits, mais le président de la Fed s’est limité à une critique empirique du protectionnisme, qui est défavorable aux pays concernés au plan économique sans rentrer dans l’exemple américain. Mais il a reconnu que « nous avons entendu un chœur d’inquiétudes, qui aujourd’hui se matérialisent avec des plans de capex qui sont gelés pour le moment », un nuage qui pèse de plus en plus sur le pays.
Mais il reste néanmoins optimiste sur l’évolution de l’économie US, et voit des « causes profondes » à l’amélioration du marché du travail et des salaires, même s’il concède que la reprise n’intègre pas toute la population. Jerome Powell fait donc partie de ceux qui n’entrevoient pas de récession à court terme, ce qui le dessert du côté des courbes de taux. Le taux américain à 2 ans, plus influencé par la Fed, a ainsi grimpé à 2,85% ce mardi, soit un spread de seulement 24 pb avec le 10 ans, un plus bas depuis 11 ans.
C’est ce retournement de la courbe des taux qui provoquera la récession selon Joseph LaVorgna, économiste US en chef chez Natixis. Il estime que la trajectoire des taux devrait conduire à une inversion de la courbe après la prochaine hausse en septembre prochain, annonciatrice d’une récession à l’été 2019, ou en tout cas entre l’été 2019 et 2020. Avec son discours optimiste, Jerome Powell se leurre donc : « Si vous regardez les taux à 10 ans, ce sont les plus hauts des pays développés. Cela veut dire soit que le marché ne croit pas que l’inflation va remonter ou que la croissance va rester modeste et la Fed, si elle continue sur ce rythme, est en train de faire une erreur », juge Joseph LaVorgna. Le patron de la Fed lui a déjà indiqué ne pas se fier à l’inversion de cette courbe, mais au taux neutre qui est sans impact sur l’économie.
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