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Benoit Coeuré François Villeroy de Galhau BCE forward guidance prévisions

Politique monétaire / BCE / Taux

Politique monétaire
BCE / Taux

La BCE inquiète du ralentissement de la zone euro

Benoit Coeuré a annoncé vendredi à New York que Francfort réfléchissait à mettre en place une nouvelle TLTRO, tandis que François Villeroy de Galhau a affirmé que la première hausse des taux dépendrait de la durée du ralentissement économique.
Benoît Coeuré
Benoît Coeuré

Les gouverneurs de Francfort ont fait grimper les bourses et les valeurs bancaires depuis vendredi, après que plusieurs d'entre eux ont laissé entendre que la BCE pourrait reporter la première hausse des taux directeurs, et prolonger sa politique d'assouplissement monétaire. Preuve que l'institution, qui avait pour l'instant maintenu une vue plutôt positive sur la conjoncture de la zone euro pour cette année, commence à s'inquiéter des signaux de ralentissement de plus en plus marqués depuis le début de l'année.

Benoit Coeuré a entamé le bal vendredi lors d'une conférence à New York, en déclarant qu'il pourrait y avoir une nouvelle TLTRO (Targeted Long Term Refinancing Operations) dans les prochains mois, ajoutant que le ralentissement économique était plus prononcé que précédemment anticipé. Laissant penser selon lui que la trajectoire d'inflation serait également moins tendue. Rappelons que ces opérations ciblées de refinancement à long terme pour les banques, mises en place en septembre 2014 avec une maturité jusqu’à septembre 2018, puis en mars 2016 (TLTRO II), devaient permettre de stimuler la distribution du crédit en zone euro. Dans le cadre de la politique de resserrement monétaire de Francfort, ces opérations ne devaient donc pas être reconduites, et les banques progressivement rembourser leurs emprunts.

Les banques italiennes, grandes bénéficiaires de ces opérations, seront notamment confrontées à des remboursements très importants à partir du printemps prochain. "Les banques italiennes sont celles qui ont le plus emprunté à la BCE et elles ne disposent pas du cash disponible pour rembourser (...) À partir de juin prochain, elles vont se retrouver en déficit de liquidité", explique ainsi Alan Lemangnen, économiste à la Société Générale. Dans ce contexte, et afin d'éviter que les banques italiennes, déjà fragilisées par leur forte détention de dette du pays, ne soient confrontées à une montagne de prêts à rembourser, potentiellement au printemps prochain, la BCE pourrait donc intervenir. "Généralement, lorsque la BCE annonce des opérations de prêts ciblés, elles ne sont mises en place qu'au moment de la réunion suivante, car elles sont assez compliquées à mettre en place", poursuit l'économiste. À la suite de ces déclarations, les titres des banques italiennes étaient en forte hausse, Unicredit prenant près de 4 % à la Bourse de Milan ce matin, tandis que Mediobanca prenait 1,37 %.

Il reste que du strict point de vue de la politique monétaire, une nouvelle opération de refinancement serait moins justifiée, alors que la dynamique du crédit est bonne et les niveaux de taux encore très bas. "Les TLTRO seraient justifiées pour les banques italiennes mais pas pour la politique monétaire donc si la BCE fait une nouvelle TLTRO, ce sera le strict minimum et sans doute pas avant juin", conclut Alan Lemangnen.

Sauf que la BCE n'est visiblement pas seulement inquiète du risque bancaire italien. Dans un entretien à El Pais hier, le gouverneur de la Banque de France a lui aussi émis l'hypothèse que la BCE pourrait être plus accommodante que prévu, si le ralentissement perdurait. À la question de savoir si le ralentissement remettait en cause la probabilité de voir les taux remonter après l'été, comme le répète Mario Draghi dans son forward guidance depuis plusieurs mois, François Villeroy de Galhau a répondu : "La question clé sera de savoir si le ralentissement est temporaire, avec un rebond dans le courant de l'année, ou s'il est plus durable" a répondu le gouverneur. Si Francfort reportait effectivement la hausse des taux, la première depuis 2008, elle se rapprocherait du consensus des marchés, qui table sur un relèvement au printemps 2020. "Quand on regarde le forward EONIA, on voit que les marchés n'anticipent pas de hausse avant cette date-là", explique encore Alan Lemangnen. La BCE, dont la prochaine réunion de politique monétaire aura lieu le 7 mars prochain, pourrait d'ailleurs sensiblement abaisser ses prévisions de croissance pour cette année et l'an prochain, dans la foulée de la Commission et du FMI, et ainsi tenir compte des signes de refroidissement depuis le début de l'année (mauvaises enquêtes de confiance, poursuite de la baisse de la production industrielle allemande…). En décembre dernier, Francfort tablait toujours sur une croissance de 1,7 % pour cette année et l'an prochain et de 1,5 % pour 2021. Début février Bruxelles avait abaissé sa prévision de 1,9 % à 1,3 % pour cette année en zone euro.

La Société Générale est quant à elle plus confiante que les marchés et estime que le ralentissement de la zone euro pourrait n'être que temporaire. "La zone euro possède encore des relais de croissance à l'intérieur", poursuit l'économiste Alan Lemangnen, qui cite notamment le dynamisme du marché du travail (6 millions d'emplois créés depuis 2013) et une croissance marquée des salaires, qui devrait soutenir la consommation cette année. La zone euro devrait donc pouvoir résister à de potentiels chocs exogènes et notamment un enlisement de la guerre commerciale. Mais les facteurs de risque restent extrêmement nombreux : à commencer par le Brexit, le risque politique espagnol, un regain de tensions sur le marché de la dette espagnole ou encore une hausse des droits de douane américains sur les véhicules allemands…

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