Le superviseur bancaire de la BCE cherche son deuxième patron
Dans les mois qui viennent, plusieurs postes importants au sein de l’Union européenne vont devoir changer de visages. Si les fonctions de président de la Commission européenne et de la BCE font déjà l’objet de jeux d’échecs, l’habit de superviseur bancaire des grandes banques de la zone euro va également être endossé par une nouvelle personnalité. Dépendant de la banque centrale de Francfort, ce dernier est actuellement incarné par la Française Danièle Nouy. L’établissement de Francfort a publié lundi sur son site internet l’avis de vacance. Le choix du futur président du conseil de surveillance prudentielle va en partie être une affaire de nationalité, les Etats européens ayant chacun des vues sur les postes structurants du Vieux Continent.
Pour mémoire, Danièle Nouy a été la première à occuper le poste de superviseur. Celle qui fut secrétaire générale de l’Autorité française de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) - le régulateur hexagonal des banques et des assureurs - a déroulé la majeure partie de sa carrière à la Banque de France. Diplômée en sciences politiques, administration publique et droit, sa connaissance du monde bancaire a été un atout. Son genre était également un plus pour pourvoir le poste, tout comme son œil dit de lynx.
Au moment de sa nomination, Danièle Nouy a eu la lourde tâche de mettre en musique les premiers pas du superviseur bancaire des grandes banques de la zone euro. Un exercice compliqué étant donné la diversité réglementaire entre tous les Etats membres, mais estimé nécessaire pour redonner alors confiance aux investisseurs dans la solidité du système bancaire. Parmi les points alors d’attention : l’exposition des financières aux dettes souveraines ou encore les actifs nocifs.
Si le mandat, de bientôt cinq ans, de Danièle Nouy est considéré comme réussi, son successeur ne devra pas non plus chômer. Les actifs non-performants détenus par les établissements financiers sont encore un sujet. Les différences nationales aussi. Car pas plus tard que la semaine dernière, les banques françaises ont remporté une victoire judiciaire face à la BCE. La Cour de justice de l’UE a annulé une décision du superviseur, exigeant que les six plus grands groupes mettent en réserve des fonds propres pour l’épargne collectée via le Livret A et le LDD. Cette décision est la plus importante du genre depuis que la banque centrale est devenue le principal organe de supervision bancaire de la région.
Dans la notice de vacance, la BCE précise les exigences du poste et les compétences attendues. Si des critères tels que la maîtrise de l’anglais ou l’expérience à une fonction de direction sont établis, la nationalité du candidat va jouer. Car bien que le travail de superviseur soit incontournable et très stratégique, d’autres positions de taille sont aussi à pourvoir. Selon le Financial Times, l’Allemagne pourrait avoir comme candidate légitime Sabine Lautenschläger, la numéro 2 du superviseur, également membre du directoire de la BCE. Néanmoins, cela réduirait les chances de Jens Weidmann, président de la Banque fédérale allemande, de succéder à Mario Draghi à la tête de la BCE. Par ailleurs, il est précisé dans la description du poste que le candidat à la présidence du superviseur unique ne doit pas être membre du conseil des gouverneurs de la BCE. Ce qu’est Sabine Lautenschläger.
Côté français, on lorgnerait plutôt sur la présidence de la commission européenne, même si la messe n’est pas dite pour la tête de la Banque centrale européenne. En outre, l’Italie aurait des candidats crédibles pour le superviseur unique. Le nom d’Andrea Enria, président de l’Autorité européenne bancaire - le régulateur des banques - et celui d’Ignazio Angeloni, membre du conseil de surveillance prudentielle, sont aussi pressentis. Bien qu’Italien - nationalité qui pourrait faire peur aux Etats les plus rigoureux en matière de surveillance bancaire et compte tenu du fait que les banques de la Botte détiennent encore un certain nombre d’actifs non-performants - Andrea Enria aurait pour lui d’être bien vu de Francfort et de Bruxelles. En revanche, ce sont ses propres compatriotes qui se montrent parfois critiques vis-à-vis de lui à cause de ses positions sur les créances douteuses.
La gouverneure adjointe de la Banque centrale d'Irlande Sharon Donnery et l'ancien superviseur néerlandais Jan Sijbrand font aussi partie des candidats potentiels. Côté calendrier, les dossiers doivent être envoyés avant le 24 août. La liste restreinte sera déterminée en septembre puis transmise aux Parlement et Conseil européens. Une proposition du conseil des gouverneurs de la BCE sera ensuite soumise à l’approbation par le Parlement européen, avant la nomination par le Conseil de l’UE et une prise de poste en janvier 2019.
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