Macro-économie / Taux / Superviseur / Andrea Enria / Liquidité / Financement
Macro-économie / Taux
Superviseur / Andrea Enria / Liquidité / Financement
Pas de répit pour les banques européennes / La question de leur financement et de leur liquidité est scrutée de près
La zone euro et son secteur bancaire ont connu une année 2022 qui " par de nombreux aspects fut turbulente". Le constat posé hier par Andrea Enria, président du conseil de surveillance prudentielle de la Banque centrale européenne (BCE), est doublé d’une exhortation à la prudence. Certes, il se targue que la réglementation européenne est à même de protéger le secteur bancaire, mais il rappelle également que "la normalisation des taux d’intérêt et le resserrement quantitatif pourraient forcer certaines banques à revoir leurs stratégies de financement de moyen terme et à mettre davantage l’accent sur les risques de liquidité et de financement."
Le rapport publié cette semaine montre néanmoins une pointe d’optimisme, puisque la résistance de l’ensemble des établissements bancaires européens est qualifiée de "bonne" et ce "bien davantage que ne le laissait supposer l’analyse de vulnérabilité " réalisée en mai dernier. Ainsi, le ratio de fonds propres de base de catégorie 1 (Common Equity Tier 1 (CET1) en données agrégées "était de 14,7 % à la fin du troisième trimestre 2022, à peine en deçà du niveau enregistré fin 2019."
Épée de Damoclès
Pourtant, malgré une "qualité des actifs [qui] a continué de s’améliorer, un encours des expositions non performantes (non-performing exposures, NPE) détenues par les banques importantes revenant à 349 milliards d’euros fin septembre 2022, son plus bas niveau depuis la première publication, en 2015, de données prudentielles concernant ces banques", Andrea Enria avance que "certaines banques pourraient être prises au dépourvu", en raison des nouvelles conditions de financement.
À l’instar de la mauvaise passe connue par plusieurs banques de taille moyenne situées outre Atlantique, ce sont "les établissements moins importants " qui sont scrutés par le rapport. Ces derniers auraient en effet déjà "enregistré une détérioration de leur situation de fonds propres restée toutefois solide, le ratio CET1 moyen ayant diminué de 54 points de base en glissement annuel pour s’établir à 17,0 % au troisième trimestre 2022 sous l’effet de la croissance de l’activité de prêt et de la faiblesse de la rentabilité globale." Selon les derniers chiffres de la BCE, on observe que "les montants d’exposition au risque se sont accrus de 112 milliards d’euros, soit 4,8 %, tandis que les fonds propres CET1 éligibles ont augmenté de seulement 1,5 %."
Pas de péril en la demeure
Une attention toute particulière est portée à la résilience du système financier où des "premiers signes d’une pression accrue sur la rentabilité ont pu être observés dans les établissements importants spécialisés dans le crédit à la consommation". La situation demeure sous surveillance mais n’inquiète pas outre mesure.
Notamment en ce qui concerne le " ratio de levier agrégé des établissements importants [qui] s’est établi à 5,2 % au troisième trimestre 2022, soit un des plus bas niveaux observés depuis le début de la supervision bancaire européenne, mais qui demeure bien au‑dessus des exigences et des coussins réglementaires." Une petite partie de cette détérioration provenant "de l’expiration fin mars 2022 de l’exemption permettant d’exclure les expositions sur les banques centrales du calcul du ratio de levier", et la plus grande part de "l’augmentation des expositions, qui reflète la croissance des actifs dans le secteur bancaire."
Cela se ressent dans les priorités fixées pour la supervision bancaire, qui s’attardent sur les lacunes dans la gestion du risque de crédit et sur les problématiques du manque de diversification des sources de financements. Pour les prendre en compte et afin tant de consolider que "d’améliorer encore les résultats positifs obtenus en 2022, les banques devraient continuer de piloter activement leurs modèles d’activité et d’axer leurs stratégies sur la réalisation d’objectifs solides de rentabilité corrigée du risque".
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