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Les minutes de la BCE confortent les anticipations de taux
Après les déclarations plus que prudentes de Benoit Coeuré, François Villeroy de Galhau et Peter Praet concernant l'évolution de la conjoncture en zone euro dans les prochains mois, les minutes de la dernière réunion de politique monétaire des gouverneurs devraient conforter les marchés. La BCE n'est pas encore près de relever ses taux et pourrait même repousser le premier resserrement, initialement prévu après l'été 2019. Ainsi, le compte rendu de la dernière réunion de politique monétaire du 24 janvier souligne que les membres de la banque centrale ont eu bien du mal à déterminer si le ralentissement constaté depuis la fin de l'année dernière était temporaire ou plus durable. Ils ont tout de même souligné que le secteur automobile, plombé par les nouvelles normes techniques, n'était pas le seul à avoir ralenti en fin d'année dernière, et que l'ensemble de la production industrielle avait piqué du nez. De même que la consommation des ménages, ce qui, selon les gouverneurs, pourrait avoir un impact sur l'investissement.
Dans ce contexte, et alors que les données publiées depuis fin janvier ne se sont pas tellement améliorées, la BCE devrait abaisser ses prévisions de croissance lors de la prochaine conférence de mars, dans la foulée de toutes les principales institutions (FMI, Commission…). D'autant que les risques ont sensiblement progressé depuis un mois, avec la menace américaine de taxer l'industrie automobile européenne et alors qu'aucune issue n'a encore été trouvée sur le Brexit. En décembre dernier, Francfort tablait toujours sur un PIB en hausse de 1,7 % pour cette année et l'an prochain et de 1,5 % pour 2021, quand Bruxelles projette de son côté une croissance de 1,3 % seulement pour cette année en zone euro.
La possibilité de lancer une nouvelle opération de prêt de long terme pour les banques (TLRO) a également été discutée entre gouverneurs lors de la dernière réunion. "Il sera important d'accorder quelque attention aux conditions de liquidité dans le secteur bancaire, alors que d'importants montants de remboursements des opérations de TLTRO approchent, ce qui pourrait accroître le risque de mur de la dette", peut-on ainsi lire dans les minutes du 24 janvier. Si le compte rendu précise "qu'aucune décision ne devra être prise à la hâte sur ce sujet", "le travail d'analyse technique nécessaire pour préparer une telle opération de liquidité additionnelle souligne que le processus nécessaire à la mise en place d'une nouvelle TLRO a déjà commencé", commente Carsten Brzeski, économiste chez ING.
Tout ceci laisse penser que la BCE devrait tout faire pour éviter un resserrement monétaire injustifié dans les prochains mois. "Francfort dispose de deux instruments efficaces à cet égard : une augmentation de la liquidité offerte aux banques, et une modification de sa forward guidance sur les taux", conclut l'économiste d'ING. Les marchés, eux, misent sur les deux tableaux, et anticipent à la fois une nouvelle TLTRO au printemps, et un resserrement des taux au premier trimestre 2020 seulement. Ce qui signifierait que Mario Draghi n'aura pas relevé les taux directeurs de tout son mandat. Une première pour un banquier central de la zone euro.
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