WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Régulation / Concurrence / BCE / Mario Draghi / Politique européenne / France

Régulation / Concurrence
BCE / Mario Draghi / Politique européenne / France

La France pourrait payer cher le pari politique de la BCE

La Banque centrale européenne a choisi de maintenir une politique ultra-accommodante au moins jusqu’à l’été prochain. Un pari très risqué pour le cas français si la croissance économique nationale arrive en deçà des estimations actuelles.
Mario Draghi
Mario Draghi

La BCE poursuit une politique monétaire très accommodante et compte bien laisser ses taux inchangés - à leur plus bas niveau historique de 0% - pendant encore quelque temps. Son président Mario Draghi a rappelé, lors du dernier conseil des gouverneurs en juin, que les taux seront "maintenus à leurs bas niveaux actuels au moins jusqu'à l'été 2019".

Et pour cause, le taux de chômage de la zone euro se rapproche du taux de chômage structurel, celui où l’économie est à son équilibre et donc, là où le chômage ne dépend plus que de rigidités sur lesquelles l’activité économique n’a pas d’impact. Pour preuve, la forte hausse des difficultés d’embauche des entreprises en zone euro. Et, lorsque le taux de chômage structurel sera atteint, le maintien par la BCE de taux directeurs accommodants permettra à la zone euro de converger pleinement vers une croissance maximale. C’est en tout cas le dernier pari qu’a affiché l’institution européenne. Or, dans le cas français, tous les éléments ne semblent pas être réunis pour qu’un tel scénario vertueux se réalise.

C’est tout le sujet de deux études publiées respectivement hier et aujourd’hui par Patrick Artus, économiste et directeur de la recherche et des études de Natixis. D’après les résultats, "le pari de la BCE sera perdu si, malgré la politique monétaire expansionniste, la croissance de la zone euro passe nettement en dessous de la croissance potentielle", c’est-à-dire celle obtenue lorsque l’utilisation des facteurs de production est optimale. Et en France, il est très probable que la croissance soit en deçà des espérances. Alors, les taux directeurs étant déjà nuls, la BCE n’aura plus aucune marge de manoeuvre pour soutenir l’activité.

En 2019, le FMI, l’OCDE et le gouvernement français tablent respectivement sur une croissance française de 1,7%,1,9% et 1,9%, des taux relativement élevés pour une période qui s’annonce plutôt trouble. Et c’est donc une opinion bien moins optimiste que soumettent les deux études publiées par Natixis, prévoyant un taux de croissance proche de 1,2% d’ici deux ans. "Plusieurs facteurs devraient (ou pourraient) impliquer une croissance nettement inférieure à la croissance potentielle". Parmi eux, - à recettes fiscales équivalentes -, la réduction des dépenses publiques pour ramener le déficit à la norme européenne de 0,5% du PIB à l’horizon 2022 ; la baisse - déjà entamée - des investissements privés asphyxiés par l’incertitude ; et enfin, une future hausse du prix du baril qui pourrait restreindre le pouvoir d’achat des salariés.

Bien que le probabilité que toutes ces hypothèses se réalisent simultanément soit faible, elle n’est pas écartée. Et il suffit que l’une d’elles bride l’atteinte des estimations initiales de croissance optimale de la BCE pour que la banque se retrouve in fine sans moyen d’action contracyclique. D’après Natixis, un tel scénario "ferait douter de l’efficacité des réformes [...], aggraverait encore la situation des finances publiques, ferait remonter le chômage".

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article