Politique monétaire / BCE / Mario Draghi
Politique monétaire
BCE / Mario Draghi
Mario Draghi reste serein malgré la montée des incertitudes
La BCE en mode pilote automatique. C'est du moins le sentiment que le président de la banque des banques a donné cet après-midi, lors de la conférence qui a suivi la réunion de politique monétaire des gouverneurs. Ainsi, Mario Draghi a-t-il confirmé ce qu'il avait déjà annoncé lors des trois dernières conférences, à savoir un arrêt du programme d'achats de titres en décembre prochain, une poursuite de la politique de réinvestissement des titres arrivant échéance "bien au-delà de la fin du QE", et le maintien des taux directeurs aux niveaux actuels "jusqu’à l'été 2019 au moins". Sachant que la BCE se tiendra prête à intervenir davantage si les conditions l'exigeaient et notamment si l'inflation mettait trop de temps à retrouver l'objectif de 2% visé par Francfort.
Malgré la montée des incertitudes, sur les marchés boursiers, en Europe avec la question du budget italien et l'enlisement des négociations sur le Brexit, le président de la BCE a donc maintenu la barre et estimé que les risques pesant sur le scénario de croissance de l'institution étaient toujours "équilibrés". Certes, la "dynamique a ralenti", a reconnu Mario Draghi, mais les perspectives de croissance restent selon lui solidement ancrées. Rappelons que la BCE prévoit une croissance de 2,1% pour cette année, puis de 1,9% et 1,7% en 2019 et 2020 selon ses dernières prévisions de juin. Les prochaines projections seront dévoilées lors de la dernière conférence de presse de l'année en décembre prochain.
C'est seulement à cette date qu'elle pourrait éventuellement les revoir à la baisse, en fonction de l'évolution de la conjoncture et des événements exogènes susceptibles de peser sur le PIB, a affirmé le président. Qui a notamment cité le regain de protectionnisme, le ralentissement des émergents et le regain de volatilité sur les marchés comme autant de facteurs qui pourraient peser sur le scénario de croissance. Mais à condition qu'ils ne prennent de l'ampleur, ce qui n'est pas le cas pour le moment, a affirmé le président.
Mario Draghi a par ailleurs affiché une grande confiance quant à la remontée graduelle de l'inflation, s'appuyant sur la montée en puissance des négociations salariales dans de nombreux pays, qui indiquent que les salaires devraient continuer d'augmenter. D'autant que le niveau de chômage est progressivement en train de baisser et que le taux d'utilisation des capacités de production a atteint des records.
Sans surprise, le président a refusé de s'exprimer sur la situation italienne, rappelant que le rôle de la BCE ne consistait pas à faire de la politique fiscale à l'égard d'un État en particulier. Il s'est cependant montré confiant dans la capacité de Bruxelles à trouver un terrain d'entente avec le pays. Et a cité le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis qui assistait aujourd'hui à la réunion des gouverneurs et selon lequel la Commission appliquera les règles mais "cherchera aussi à dialoguer avec le pays". En cas de hausse des tensions sur le marché souverain italien, le président a tout de même rappelé que la BCE disposait encore de l'OMT (outright monetary transaction). Mais que cet outil ne pourra être utilisé que si l'Italie est sous programme d'aide du MES et à condition que les achats de titres italiens par la BCE ne déstabilisent pas le reste de la zone. Autre instrument que la BCE pourrait utiliser après la fin du QE, en cas de détérioration de la conjoncture : les LTRO (long term financing operations), ces prêts à long terme accordés aux banques par la BCE à des conditions très avantageuses.
"Il faudrait qu'un sévère retournement ne survienne d'ici la fin de l'année pour que la BCE décide de prolonger ses achats de titres", explique ainsi pour résumer Carsten Brezski, économiste chez ING. Pour cette année, donc il est très peu probable que des changements notoires de politique monétaire n'adviennent. "Mais il est possible que des décisions importantes aient lieu l'an prochain", poursuit l'économiste, "en fonction de l'évolution de l'inflation et de la conjoncture". La BCE pourrait alors sortir les derniers outils qu'elle a en poche : de nouvelles opérations de prêts aux banques ou une prolongation de sa politique de réinvestissement de titres.
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