Politique monétaire / Mario Draghi / BCE / Inflation
Politique monétaire
Mario Draghi / BCE / Inflation
Draghi peut souffler : l'inflation est enfin en train de repartir
Malgré une croissance au plus haut depuis dix ans en zone euro l'an dernier, et un taux de chômage repassé sous la barre des 10% dès l'été 2016, un indicateur ne suivait pas cette tendance générale de reprise économique : l'inflation. En décembre dernier, les prix en zone euro n'avaient progressé "que" de 1,5%, en grande partie tirés par la hausse des coûts de l'énergie, et encore bien loin de l'objectif d'inflation de 2% visé par la BCE. Cette incohérence apparente a même suscité des débats dans les cercles d'économistes, le chef du département monétaire et économique de la BRI l'ayant qualifié de "question à mille euros" à l'automne dernier. La théorie économique enseigne en effet que l'activité et l'inflation sont étroitement liées. Plus l'économie est dynamique, plus le chômage baisse, faisant augmenter les salaires et donc les prix. Mais la théorie ne se vérifiait plus depuis la crise, mettant la BCE dans une position délicate, elle dont le mandat principal consiste en la stabilité des prix en dessous mais proche de 2%.
Mais heureusement pour Mario Drahi cette anomalie est progressivement en train de disparaître : Eurostat a ainsi annoncé que les salaires en zone euro avaient progressé de 2% entre la fin du dernier trimestre 2017 et la fin du premier trimestre de cette année. Soit la plus forte hausse depuis début 2013. Ce qui devrait in fine tirer les prix vers le haut. Et une grande partie des pays de la zone sont désormais concernés, l'Allemagne ayant prévu d'augmenter le salaire minimum de 4% après de longues tractations avec les syndicats, tandis que les salaires de l'Hexagone sont également en progression, comme l'a d'ailleurs souligné l'enquête PMI des services dévoilée hier matin. Les entreprises interrogées ont ainsi déclaré que le taux d'inflation des prix payés avait enregistré son plus haut niveau depuis un peu plus de 7 ans au mois de juin, poussé par une augmentation des coûts salariaux notamment. Et même les pays du Sud de la zone euro, les plus durement touchés par la crise de la dette et ayant drastiquement réduit les salaires dans les années suivantes, sont désormais concernés : les syndicats espagnols ont ainsi obtenu une augmentation de 2% pour les salaires les plus bas et une hausse de 1% par an à partir de 2020 en fonction de la productivité des travailleurs. Le secteur privé irlandais connaît lui aussi un mouvement de hausse salariale, les rémunérations étant attendues en progression de 2,9% en 2018 et 3,6% l'an prochain.
De quoi conforter le président de la BCE, qui a précisé le calendrier de sortie de QE lors de la dernière conférence de presse post réunion des gouverneurs, estimant que "les progrès accomplis vers un ajustement durable de l’inflation avaient été substantiels". Et permettaient ainsi à la BCE d'avoir "confiance dans la poursuite de la convergence durable de l’inflation vers l'objectif de Francfort au cours de la période à venir". Les économistes de la banque prévoient ainsi que l'indice des prix IPCH devrait atteindre 1,7% en 2018, 2019 et 2020.
Prudent, Mario Draghi a tout de même affirmé qu'il réduirait les achats de titres de 30 milliards à 15 milliards à partir de septembre, seulement si les données publiées d'ici là confirmaient que la reprise de l'inflation est bien enclenchée. Pour l'instant, les statistiques confirment ses perspectives de moyen terme : en juin, l'inflation en zone euro a ainsi affiché 2%, après que les prix ont progressé de 1,9% en mai. La route semble dégagée pour une sortie de QE progressive, avec un ralentissement des achats de titres à partir de septembre, puis la fin complète du programme en décembre (mais la BCE continuera de réinvestir les titres arrivant à maturité) et une première hausse des taux qui pourrait avoir lieu à l'été 2019. Mario Draghi aura en tout cas attendu prudemment que les premiers signaux d'un retour de l'inflation reviennent avant de préciser sa stratégie de sortie, fidèle au mandat de l'institution qu'il préside : garantir la stabilité des prix en zone euro.
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