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Régulation / Concurrence / Marchés financiers / Relance

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Marchés financiers / Relance

Le plus difficile commence pour les marchés financiers

Dans sa cartographie des risques pour 2020, l’AMF souligne la bonne résistance du marché financier face à la crise. Mais les facteurs de risque issus de la situation, ajoutés aux incertitudes d’avant crise, laissent entrevoir de nouveaux défis.
AMF - Autorité des marchés financiers
AMF - Autorité des marchés financiers

Robert Ophèle, président de l’autorité des marchés financiers, est limpide : "l’objectif principal a été de garder les marchés ouverts" pendant la crise, et le contrat a été globalement rempli. C’est en tout cas ce qui ressort de la présentation de la cartographie 2020 des marchés et des risques de l’Autorité des Marchés Financiers. Certes, la volatilité et la baisse de liquidité ont marqué les marchés, mais les volumes de transactions ont été démultipliés sans problèmes importants. Sur les marchés actions, les transactions ont été multipliées par trois sur Euronext pour représenter 10 milliards d’euros par jour. Sur les marchés obligataires, les différentes obligations échangées sont passées de 1200 à 1350 par jour.

Stéphane Gallon, chef économiste de l’AMF, souligne aussi " la bonne nouvelle de la résistance des fonds monétaires ". S’il y a eu autant de rachats nets que lors de la crise de 2007, ils se sont effectués sur 2 semaines, contre 24 à l’époque, soit 46 milliards d’euros en mars 2020. Mieux encore, chez les fonds actions, "les investisseurs ont été contracycliques". On observe ainsi une baisse de 47 milliards d’euros de valorisation mais une hausse de 2 milliards d’euros de souscriptions nettes parmi les fonds actions français. Pour Stéphane Gallon, "il est probable qu’on ait eu des particuliers qui investissaient dans les fonds actions", en référence aux 150 000 nouveaux investisseurs en bourse pendant la crise.

Pour autant, ce bon fonctionnement ne doit pas cacher les risques pour la stabilité financière, risques qui empirent avec la crise. D’abord, la gravité de la situation, symbolisée par l’aggravation des prévisions par le FMI sur la récession, a mis en évidence la déconnexion entre valorisations de marché et activité réelle. "À moins qu’il y ait des anticipations d’intervention des banques centrales pour sauver l’économie, on a du mal à croire à cela" ironise Stéphane Gallon. Mais la crise, plus que les dévoiler, accélère aussi les risques. C’est le cas pour l’endettement, tant du côté des sociétés non financières que du secteur public. 600 milliards d’euros de dette au niveau mondial pourraient basculer de l’investment grade au high yield. Le chef économiste est même plus radical concernant les dettes publiques : "on change sans doute de régime, la norme des 60% devrait être oubliée ", en référence au Pacte de Stabilité de l’Union européenne. Pour rappel, la Cour des comptes estime que l’endettement de la France devrait dépasser les 120% de PIB à la sortie de la crise.

Que ce soit du côté public ou privé, le financement reste donc sous la menace d’une dégradation de la note des émetteurs. D’autant plus que ce financement ne semble pas évident. Robert Ophèle rappelle que "la France a un profil original avec un fort endettement brut des entreprises (150 milliards d’euros sur les trois mois), compensé presque intégralement par une hausse des dépôts bancaires." Or, ces dépôts bancaires, de 73 milliards d’euros en 2019 et attendus à bien plus de 100 milliards d’euros en 2020, "ne répondent ni au besoin des épargnants, ni au besoin de notre économie" selon Stéphane Gallon. En effet, cette épargne de précaution n’est pas investie. Au grand dam des entreprises pour lesquelles le vrai défi s’avère être celui des fonds propres. Déjà minées par les chiffres d’affaires désastreux du fait du confinement, les entreprises font aussi face au diktat de la transition écologique.

Celle-ci nécessitera une intervention sur les fonds propres pour assurer les évolutions qu’elle requiert. La question qui subsiste est alors celle de la sélection des entreprises à aider avec un arbitrage entre le coût social de l’augmentation des défaillances et le risque d’entreprises zombies. L’opération pourrait s’annoncer délicate, notamment si un mix public-privé s’installe, car les banques européennes n’entrent pas dans un avenir très profitable, avenir marqué par une marge d’intérêts dégradée. Et l’idée d’une remontée des taux semble bien loin. Robert Ophèle de conclure : "le défi du soutien à l’économie était rude, il a été relevé. Celui de la relance est encore plus considérable"

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