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Politique économique / Budget / Relance / déficit public

Politique économique
Budget / Relance / déficit public

Angela Merkel sort l'artillerie lourde

Le gouvernement allemand s'apprête à adopter un plan de relance budgétaire sans précédent. Le pays devrait surtout décider de suspendre ses restrictions constitutionnelles à l'endettement. Une petite révolution.
Angela Merkel
Angela Merkel

L'Allemagne va déployer les grands moyens. Confrontée comme tous les États de la zone euro à la crise du Coronavirus -qui pourrait faire dégringoler son PIB de 9%, selon les estimations des grands instituts économiques allemands - la chancelière a dévoilé ce week-end un programme de relance sans précédent. "Depuis la Réunification allemande, non, depuis la Seconde Guerre mondiale, il n'y a pas eu de défi pour notre pays qui dépende autant de notre solidarité commune", a ainsi déclaré Angela Merkel la semaine dernière.

Selon le projet de loi, qui devrait être adopté aujourd'hui en conseil des ministres puis par le Bundestag dans les prochains jours, le gouvernement prévoit de mettre un total de 822 milliards d’euros de prêts à disposition des entreprises et des salariés afin de faire face aux conséquences économiques de la pandémie.

Le programme d'aide budgétaire repose sur trois axes majeurs. Premièrement, le recours facilité au dispositif d’indemnisation du chômage partiel ("Kurzarbeit") ; les conditions d’éligibilité ont, notamment, été assouplies. Rappelons que pendant la crise financière mondiale de 2008-2010, l’Agence fédérale allemande pour l’emploi avait déboursé près de 10 milliards d'euros d’indemnités de chômage partiel. Deuxièmement, les entreprises pourront bénéficier d’un report du paiement des impôts afin de soulager leur trésorerie. Troisièmement, les programmes de soutien à la liquidité seront renforcés pour permettre aux entreprises d’accéder à des prêts bon marché, en particulier, par le biais de la banque publique de développement KfW, qui devrait garantir jusque 460 milliards d'euros de prêts.

Ce week-end, la chancelière est passée un cran au-dessus en termes d'outils de soutien, en annonçant la mise en place d'un fonds de 50 milliards d'euros à destination des TPE et des entrepreneurs et un fonds de stabilisation pour les grandes entreprises doté de 600 milliards d'euros (400 milliards de garanties, 100 milliards directement distribués aux entreprises et 100 milliards destinés à la banque publique). Au total, selon le projet de loi qui devrait être adopté aujourd'hui, ce sont donc près de 882 milliards d'euros qui seront mis sur la table.

Au-delà des montants sans précédent dévoilés par la chancelière -les mesures combinées devraient représenter 30% du PIB allemand- le changement de doctrine budgétaire constitue lui aussi une véritable révolution pour le pays. La chancelière a en effet également annoncé que la sacro-sainte règle constitutionnelle du "Schuldenbremse" ("frein à l'endettement"), qui n'autorise en principe qu'un déficit pouvant aller jusqu'à 0,35% du PIB, pourrait être mise de côté temporairement. Ce seuil peut effectivement être dépassé en cas de circonstances exceptionnelles, par exemple une crise économique ou une catastrophe naturelle. Le gouvernement a donc estimé que la crise du Covid-19 constituait tout à fait une situation exceptionnelle, et que l'État allemand pourrait s'endetter cette année pour financer le plan de relance.

C'est donc la première fois depuis que cette règle est en vigueur, en 2011, que l'Allemagne empruntera : selon le montant communiqué ce week-end, l'agence fédérale de la dette devrait ainsi émettre pour 156 milliards d'euros de nouvelles dettes.

L'Allemagne, chantre de l'orthodoxie budgétaire et qui avait toujours refusé de dépenser pour relancer l'économie de la zone euro dans son ensemble, est donc en train de réaliser un virage spectaculaire, face à l'effondrement de son économie. Autre signal du changement de posture outre-Rhin, la chancelière a indiqué qu'elle ne s'opposerait pas à l'émission d'obligations au niveau européen, à condition qu'elles soient assorties d'objectifs spécifiques.

Un changement de cap qui a également permis à la Commission d'assouplir sa doctrine : vendredi, l'UE a décrété les suspensions de ses règles de discipline budgétaire. Une mesure inédite mais absolument nécessaire pour permettre aux États de dépenser et éviter un effondrement total de leurs économies.

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