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Budget / Etats-Unis / Donald Trump / Déficit / croissance
Le budget tout rose de Donald Trump
Un budget pour "une Amérique meilleure". C’est le titre du projet de budget 2020 présenté par la Maison Blanche lundi, et qui se donne les moyens pour y parvenir. L’administration Trump a ainsi présenté le programme le plus ambitieux de l’histoire, pour un total de 4.750 milliards de dollars. Elle a privilégié les départements choyés par le Président, en particulier l’armée dont le budget a été augmenté de 4,7 %, soit davantage que ce qui avait été demandé par le Pentagone. Une enveloppe astronomique de 750 milliards de dollars dédiée à la défense nationale, alors que les concernés n’avaient réclamé que 733 milliards.
Surtout, Donald Trump a une nouvelle fois provoqué le Congrès en allouant 8,6 milliards de dollars à la construction du mur avec le Mexique, soit encore davantage que les 5,7 milliards qu’il a requis auprès du pouvoir législatif cette année et qu’il n’a pas obtenus, ce qui l’a poussé à déclarer l’état d’urgence. Mais ce n’est pas tout : comme cette déclaration a contribué à réallouer les fonds de construction militaire à la construction du mur, la Maison Blanche souhaite aussi attribuer 3,6 milliards de dollars à renflouer ces caisses, soit une facture totale de 12,2 milliards de dollars pour ce mur. Un budget qui a d’ores et déjà été déclaré "mort" par les leaders démocrates des deux chambres du Congrès, à sa réception. "Le Congrès a refusé de financer ce mur, et il a été forcé d’admettre sa défaite et de rouvrir le gouvernement. La même chose se reproduira s’il essaie à nouveau. Nous espérons qu’il a appris sa leçon", ont déclaré Nancy Pelosi et Chuck Schumer, les deux porte-parole démocrates.
Enfin, Donald Trump ranime le projet de grandes dépenses d’infrastructures qu’il avait proposé pendant sa campagne. Le budget prévoit une enveloppe de 200 milliards de dollars dédiée aux infrastructures, qui via l’effet de levier donnera lieu à 1.000 milliards de dollars d’investissements dans ce domaine. Mais ce plan a été qualifié d’irréaliste par le chairman démocrate du budget à la Chambre, jugeant qu’il comptait largement sur le financement des États et locaux et du secteur privé pour être bouclé.
Face à ces grandes ambitions, d’autres programmes domestiques ont fait les frais du budget 2020. Et en particulier les programmes fédéraux de santé pour les plus vieux et nécessiteux, Medicare et Medicaid, dont les budgets ont été rabotés de 845 milliards de dollars. Cette position montre que cette question sera centrale dans la course à la présidentielle de 2020, dans la mesure où les démocrates ont au contraire proposé de généraliser l’accès de Medicare et Medicaid à tous les Américains.
L’environnement est également largement impacté par ce budget, puisque l’Agence de Protection de l’Environnement voit ses moyens réduits de 31 %, et le financement de la recherche sur les énergies renouvelables est quant à lui abaissé de 70 %. Le budget du Département de l’Intérieur est enfin resserré de 14 %.
Ce budget n’a pas de grande valeur dans la mesure où c’est le Congrès qui valide le budget fédéral, et les deux chambres ont rejeté ce projet. Mais il apparaît plutôt comme une ébauche de programme, destinée à dresser les grandes priorités du candidat Trump pour 2020.
Mais le plus choquant dans ce budget tient en réalité à l’ampleur du déficit qu’il implique, même avec des scénarios de croissance idéalistes (et irréalistes). L’exécutif s’appuie sur une prévision de croissance à 3,2 % en 2019, soit 0,3 point de mieux que l’an passé et le meilleur PIB depuis 2005, alors même que les grandes institutions anticipent un ralentissement mondial. La Fed et le Bureau budgétaire du Congrès ne voient la croissance américaine qu’à 2,3 % cette année. Et même dans cette situation de croissance idéale, elle n’anticipe aucun budget équilibré sur 15 ans, et plus de 1.000 milliards de dollars de déficit sur les 4 prochaines années. Pour la Maison Blanche, les générations de revenus vont compenser les coupes fiscales, si bien que la forte croissance de la prochaine décennie aurait l’immense avantage de combler le creusement du déficit. Seul problème, les dernières statistiques ont montré l’aspect éphémère de ces gestes fiscaux et de la fameuse théorie du ruissellement.
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