Déficit commercial : la promesse ratée de Donald Trump
Pendant toute la campagne présidentielle de 2016, Donald Trump avait promis aux États industriels du Midwest américain qu’il allait redorer le blason des États-Unis en empêchant les délocalisations et en relançant l’emploi dans ces régions sinistrés. Dans cette rhétorique, il a régulièrement attaqué le déficit commercial, lançant par exemple en mars 2018 : le pays "perd 800 milliards de dollars par an en commerce extérieur." Un déséquilibre qui a été présenté comme la raison d’être des tarifs douaniers, mis en place il y a tout juste un an.
Fin février, Donald Trump s’est félicité de ce que le déficit commercial soit en baisse, grâce aux recettes des barrières douanières selon lui. Mais si le déficit commercial de marchandises, auquel le Président américain se réfère, avait légèrement régressé en novembre, on apprenait le jour même qu’il a à nouveau bondi de près de 13 % en décembre, à 79,5 milliards de dollars. Et vendredi, les chiffres du PIB américain au quatrième trimestre ont révélé un déficit record de 914 milliards de dollars entre exportations et importations en 2018. Cela aura coûté 0,2 point de PIB aux États-Unis, les empêchant de passer le seuil symbolique des 3 %. Pourquoi ? Tout simplement car le locataire de la Maison Blanche s’est focalisé sur une mauvaise métrique, dont la variation ne dépend pas que des seuls tarifs douaniers.
Comme le détaille le Washington Post dans une analyse vendredi, "les chiffres du déficit commercial sont influencés par d’autres facteurs, comme le déséquilibre entre les taux d’épargne et d’investissement d’un pays". Qui cite également le creusement du déficit public fédéral, causé par des coupes fiscales - comme cela a été le cas avec la grande réforme fiscale de l’administration Trump - ou une hausse des dépenses, qui oblige le pays à emprunter davantage à l’étranger. Une économie en pleine croissance peut aussi provoquer ce dérapage car les gens ont plus de moyens pour acheter des biens étrangers. Enfin, une monnaie forte rend ces biens étrangers moins onéreux pour les habitants d’un pays, et a contrario plus chers pour les étrangers, ce qui contribue à creuser le déficit fédéral.
Tous ces facteurs ont donc contribué à creuser encore un peu plus le fossé commercial, malgré les dires de Donald Trump. Dans les négociations avec la Chine, ce dernier s’est déjà targué d’avoir forcé le pays à acheter plus de produits agricoles ou énergétiques, mais selon de nombreux experts, les États-Unis n’ont pas vraiment les capacités pour produire significativement plus de volumes, si bien que ces achats se feront surtout au détriment d’autres pays importateurs de produits américains. Quoi qu’il en soit, les États-Unis et la Chine seraient proche d’un accord selon les dernières rumeurs en fin de week-end. L’Empire du Milieu renoncerait aux tarifs et restrictions pesant sur les entreprises américaines de certains secteurs, tandis que le pays de l’Oncle Sam supprimerait tout ou partie des barrières douanières mises en place il y a un an.
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