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Donald Trump / Guerre commerciale / Chine / tarif douanier / Twitter
US-Chine : Donald Trump pris à son propre bluff ?
Ce devait être l’ultime semaine, après de longs mois de négociations commerciales pointues entre Américains et Chinois. Celle où plus d’une centaine de représentants gouvernementaux chinois, emmenés par le vice-Premier ministre Liu He, prennent l’avion jusqu’à Washington pour discuter les derniers détails d’un accord attendu par le monde entier. Et comme à son habitude, Donald Trump a brusquement bousculé les choses. Dans deux tweets successifs dimanche, le président américain a annoncé qu’il allait relever de 10 à 25 % les tarifs douaniers en place sur 200 milliards de dollars d’importations chinoises vendredi, et qu’il comptait faire de même pour les 325 milliards de dollars d’importations restantes et non encore taxées. Jugeant que ces tarifs étaient "partiellement responsables pour nos super résultats économiques". "L’accord commercial avec la Chine continue, mais trop lentement, étant donné qu’ils essaient de renégocier. Non !", s’est-il ensuite exclamé.
La réponse des marchés ne s’est pas faite attendre. Dimanche soir, les futurs sur le Dow Jones étaient en baisse de plus de 400 points, laissant augurer un lundi sombre sur les places boursières mondiales. Anticipant un deal dès cette semaine, les investisseurs ont été désarçonnés par ce tour de vis à la dernière minute. "Je pense qu’un deal était pricé dans une certaine mesure… le marché a pris en compte beaucoup de points positifs", a commenté Bruce Mc Cain, chief investment strategist chez Key Private Bank dimanche sur CNBC. Même son de cloche de la part de Chris Rupkey, chief financial economist chez MUFG Union Bank. "Depuis des semaines maintenant, les marchés ont été bercés par l’idée qu’un accord sur la guerre commerciale avec la Chine était imminent. Plus maintenant". Et d’ajouter : "tous les ingrédients sont réunis pour faire dégringoler les marchés actions cette semaine et augmenter en flèche les risques externes pesant sur les perspectives économiques US."
Or, bien que le président ait annoncé ces hausses de tarifs dès vendredi, ces tweets ont été minimisés par son conseiller économique, Larry Kudlow, qui a déclaré sur Fox News dimanche : "Le président fait ici un avertissement ... en disant ‘vous savez quoi, les tarifs resteront en place si la Chine n’accepte pas les négociations commerciales." Car selon les experts qui suivent ces tractations, le gouvernement serait tenu légalement de prévenir l’industrie américaine avant de décider de telles hausses, ce qui signifie que même confirmée, cette décision pourrait être remise en cause au niveau juridique.
Ce brusque volte-face américain n’a en tout cas pas du tout été du goût des Chinois, qui selon les dernières informations disponibles dimanche soir, étudiaient une possible annulation de leur voyage à Washington, et des pourparlers prévus dès mercredi. Jusqu’à présent, la Chine négociait une suspension des tarifs dès signature d’un accord, alors que le négociateur en chef côté US, Robert Lighthizer, plaidait pour les laisser en place afin de garder un moyen de pression sur leur partenaire. En annonçant une nouvelle hausse, Donald Trump a encore corsé l’enjeu pour les Chinois. Mais a aussi risqué que ces derniers, qui refusent toujours de négocier sous la menace, ne coupent court à la discussion.
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