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Chine/Etats-Unis : le jeu de la carotte et du bâton
« Je suis comme eux, j’ai un horizon de long terme », a déclaré Donald Trump à propos de la Chine, indiquant qu’il n’avait pas d’horizon précis pour les négociations tarifaires en cours, et même qu’il n’attendait pas beaucoup des nouvelles rencontres entre la délégation américaine et chinoise, mercredi et jeudi à Washington. Une nouvelle provocation à l’égard du pays de Xi Jinping, accusé d’avoir été « trop gâté » et de dévaluer sa monnaie afin de tirer profit de ses partenaires commerciaux.
Ce ton particulièrement offensif du locataire de la Maison Blanche démontre les différences de vue au sein de l’administration Trump entre les protectionnistes et partisans d’une ligne dure envers la Chine, à l’image du conseiller au Commerce extérieur Peter Navarro, et le Trésor, à la démarche plus pragmatique. Ce qui donne l’image d’un gouvernement américain schizophrène : d’un côté, les premiers tarifs portant sur 16 milliards de dollars de produits chinois entrent en vigueur ce jeudi et le gouvernement est en pleine audition avec près de 400 industriels américains pour déterminer les prochains 200 milliards de dollars de tarifs douaniers, afin d’éviter de trop fortes hausses de prix. Et de l’autre, le Trésor emmené par Steve Mnuchin prône la poursuite des discussions, convaincu que les barrières douanières ne sont que pénalisantes pour l’ensemble des parties prenantes.
Dans ce contexte de bras de fer, Donald Trump et son administration semblent convaincus que la Chine a tout à perdre d’une mise en place des tarifs, et qu’au final, les Etats-Unis sortiront gagnants de la guerre commerciale. Mais « nous n’avons aucune preuve qui laisse penser que la Chine s’apprête à capituler et n’anticipons pas la fin des tarifs à court terme », juge Henrietta Treyz du cabinet de conseil Veda Partners. Fidèle à son état d’esprit de business man, le Président américain compte aller à la confrontation jusqu’à ce qu’il obtienne un deal, et affirme même qu’il veut obtenir la collaboration de la Fed, dans un mélange des genres peu commun.
Mais cette stratégie pourrait se retourner contre les sociétés américaines, et donc contre lui à trois mois des élections de mi-mandat. De nombreux chefs d’entreprise auditionnés cette semaine ont témoigné ne pouvoir changer leur supply-chain chinoise ou trouver d’autres produits localement à court ou moyen terme, et certains ont même indiqué avoir des difficultés pour se financer auprès des banques en raison de la menace douanière. Pour d’autres, le sujet dépasse désormais le seul cercle présidentiel. Interrogés à la Chambre de commerce américaine de Hong Kong la semaine passée, la grande majorité des dirigeants américains a jugé que la guerre commerciale se poursuivrait sur le long terme après Donald Trump. Tout en avouant ne pas être vraiment préparés à ces hostilités prolongées.
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