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Le risque turc n'est rien à côté du risque chinois
Les mesures prises par le régulateur turc en début de semaine ont permis de contenir l'effondrement de la devise du pays, et si la crise turque est loin d'être réglée, du moins la Banque centrale turque (BCRT) a contenu le mouvement de panique initial. Ainsi, la livre turque a-t-elle repris près de 18% contre le dollar depuis son plus bas de dimanche soir, après que la BCRT a légèrement resserré sa politique monétaire (tout en maintenant les taux directeurs inchangés), et que le régulateur a renforcé les règles sur les swaps de change et les contrats à terme afin de rendre plus difficile la vente à découvert.
Certes, la Turquie devrait connaître d'autres épisodes de la sorte dans les prochains mois, pénalisée par sa très importante dette extérieure, utilisée pour financier son déficit de compte courant, même si les relations avec les États-Unis s'améliorent à court terme. Ainsi, son stock élevé de dette extérieure à court terme - de 180 milliards de dollars à la fin du mois de mai et des positions courtes de plus de 200 milliards de dollars - continuera d'exercer une forte pression sur son système financier, où les ratios de capital ont déjà diminué en raison de l'effondrement de la livre.
Il reste que le risque de contagion aux autres émergents devrait rester contenu : "Le bourbier de la Turquie illustre par excellence les risques liés aux marchés émergents (ndlr. gonflement de la dette extérieure publique et privée), mais s'applique aujourd'hui uniquement à la Turquie", explique ainsi Maya Bhandara, gérante multi-asset chez Columbia Threadneedle Investments. Du moins la contagion sera rationnelle et touchera principalement les pays exposés à la Turquie. Et il est donc peu probable que la crise turque entraîne un mouvement généralisé de sell-off sur les émergents. "Contrairement au Taper Tantrum de 2013 (ndlr. lorsque la Fed avait annoncé par surprise un resserrement monétaire qui avait fait chuter l'ensemble des émergents), où la volatilité avait grimpé sur tous les émergents, cette fois-ci, les principaux pays où la volatilité a grimpé sont ceux qui ont des liens commerciaux directs avec la Turquie, tels que la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Russie", explique pour sa part John Velis, stratégiste chez BNY Mellon.
Un autre facteur, plus insidieux pourrait en revanche susciter une crise généralisée sur les émergents : le ralentissement chinois. Car si les relations entre la Chine et les États-Unis semblent se détendre un peu depuis début juillet (le pays a envoyé le vice-ministre du Commerce en délégation aux États-Unis aujourd'hui), les données macros publiées en début de semaine en Chine ont confirmé un sérieux ralentissement du crédit et un affaiblissement de l'activité.
Sachant que l'indice phare de la Bourse de Shanghai a déjà dégringolé de 15% au premier semestre, et de près de 22% depuis le plus haut du 24 janvier, entraînant un effondrement des niveaux de valorisation, désormais inférieurs à ceux atteints après le krach boursier de début 2015, sur fond d'inquiétude des investisseurs concernant l'explosion du shadow banking et de ralentissement économique du pays. "Les données publiées en début de semaine signifient que l'économie chinoise devrait continuer de ralentir en seconde partie d'année. Et c'est l'une des principales raisons pour lesquelles nous pensons que les actifs des pays émergents continueront généralement à baisser, quoi qu'il arrive en Turquie", explique ainsi Oliver Jones, économiste chez Capital Economics. Les pays dont le commerce est très dépendant de la Chine seront bien sûr les plus exposés, soit les Etats d'Asie émergente, qui représentent également une forte proportion de l'indice MSCI Emergent. En cas de baisse de leur activité et de leurs marchés, l'indice serait donc rapidement affecté.
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