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Emergents / Turquie / Argentine
Emergents, quel sera le prochain pays à tomber ?
Mi-août, la devise turque s'effondrait de plus de 25% en 5 séances, en raison de tensions diplomatiques entre Washington et Ankara mais surtout de problèmes structurels liés à son trop fort endettement extérieur. Quelques semaines plus tard, l'Argentine à son tour connaissait une dégringolade de sa monnaie et, malgré l'intervention de sa banque centrale, était contrainte de demander l'aide du FMI pour contenir la chute de sa devise et ralentir le mouvement de fuite des capitaux.
Cet enchaînement malheureux de deux pays plongés dans une crise économique et financière d'envergure a naturellement conduit les investisseurs à douter de la stabilité des émergents, qui avaient pourtant attiré d'importants mouvements de capitaux l'an dernier. Les investisseurs sont d'autant plus inquiets que les banques centrales des pays développés ont toutes entamé leur resserrement monétaire, la Fed étant la plus avancée dans le processus, ce qui d'un point de vue historique a presque toujours pesé sur les émergents, endettés en dollars. Ajouté au contexte de guerre commerciale et de crainte d'un ralentissement chinois, le choix est vite fait de se retirer de l'ensemble des émergents.
Or, selon les analystes de Nomura, il convient de distinguer les pays réellement à risque parmi la grande variété d'États inclus dans le concept d'émergents. Même si les émergents ont en commun d'avoir connu un afflux important de capitaux étrangers ces dernières années, qui a conduit les banques centrales à maintenir leurs taux très bas afin d'éviter que leurs devises ne s'apprécient trop fortement. Ce qui a conduit certains États à emprunter massivement sans vraiment se soucier de l'équilibre fiscal de leurs pays, et ne pas conduire les réformes structurelles qui auraient été nécessaires, déplore la banque japonaise. Tous ne sont cependant pas dans le même cas.
Les économistes de Nomura ont utilisé un instrument interne, basé sur 8 indicateurs (dont le déficit commercial, les réserves de change, les taux d'intérêt de court terme, les flux de capitaux entrants...) et qui leur a permis de prédire 67% des crises liées aux devises dans les émergents depuis 1996. Et ce douze mois avant que la crise n'éclate. Grâce à cet instrument, prénommé "Damocles", la banque avait prédit avec un an d'avance, la crise financière asiatique de 1997-1998 ou encore la crise russe de 1998.
Or selon cet outil, sept pays sont actuellement susceptibles de tomber, tous obtenant un score supérieur à 100, seuil au-delà duquel les États sont sujets à turbulences financières : outre l'Argentine et la Turquie, la banque cite le Sri Lanka, l'Afrique du Sud, le Pakistan, l'Égypte et l'Ukraine. En revanche, huit autres émergents obtiennent un score de zéro, dont le Brésil, la Bulgarie, l'Indonésie, le Kazakhstan, le Perou, les Philippines, la Russie et la Thaïlande. Preuve que certains émergents constituent encore des opportunités d'investissement intéressantes, et que malgré le mouvement de retrait généralisé de ce type d'actifs depuis le milieu du mois d'août, -l'indice MSCI Emerging Markets a chuté de 20,01% depuis son pic de janvier- il convient de réaliser des distinguos.
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