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Guerre commerciale : le dilemme cornélien des Chinois
Comme prévu, les marchés n’ont guère apprécié le coup de semonce de Donald Trump sur Twitter à l’égard des Chinois. La Bourse de Shanghaï a chuté de 5,5 % lundi, le CAC 40 et l’Eurostoxx 50 sont en baisse de près de 1,5 %, et le Dow Jones a ouvert en baisse de près de 1 %. Car si les investisseurs s’attendaient à ce que cette semaine soit enfin celle de l’annonce d’un accord commercial entre la Chine et les États-Unis, le Président américain a semé le doute en décidant d’une nouvelle hausse des tarifs douaniers dès vendredi, mettant en cause l’attitude chinoise et sa volonté de renégocier des termes du deal.
De prime abord, Donald Trump semble certes avoir l’ascendant, dans la mesure où l’économie américaine continue de bien performer alors que de l’autre côté, le redressement chinois est encore fragile. La Chine estime qu’il est de son intérêt de conclure ces pourparlers rapidement, car les tensions commerciales ont déjà sérieusement écorné la confiance des investisseurs et des entreprises dans la deuxième économie mondiale. Le gouvernement de Xi Jinping a déjà été obligé de remettre à plus tard des réformes de fond, par exemple sur le niveau d’endettement de ses institutions financières, afin de lancer un programme de stimulation de son économie, via des baisses d’impôts, dépenses d’infrastructures et relâchement du crédit. Programme qu’il a encore poursuivi ce lundi, en réduisant le niveau de capital réglementaire pour les petites et moyennes banques, afin de dégager plus de 40 milliards de dollars pour financer l’économie.
L’aspect psychologique joue également, car le leadership de Xi Jinping a été critiqué depuis plusieurs mois par les citoyens et dirigeants de grandes entreprises publiques. Ce dernier a donc à cœur de ne pas apparaître trop faible face à son grand concurrent américain, et c’est la raison pour laquelle si une délégation chinoise est toujours prévue à Washington cette semaine, le vice-Premier ministre Liu He n’a pas confirmé sa venue. À l’inverse, une guerre commerciale officielle serait catastrophique pour la Chine, et pourrait lui coûter entre 1,6 et 2 points de croissance dans les 12 prochains mois selon Tao Wang, économiste Chine chez UBS.
Les points de discorde sont encore nombreux entre les deux camps, comme sur le maintien des tarifs en place en cas d’accord ou la propension de la Chine à ouvrir son secteur technologique aux firmes américaines. Tout dépendra de savoir si Donald Trump veut vraiment mettre en œuvre ses menaces, ou s’en servir juste comme levier, comme il l’a déjà fait dans le passé. Si la presse chinoise très contrôlée n'a quasiment pas mentionné les tweets du WE, les économistes restent en tout cas optimistes à ce stade sur l’évolution de la situation : Goldman Sachs juge ainsi qu’il "est plus probable que la hausse sera évitée et que les chances d’une augmentation vendredi sont de 40 %". Même analyse ce lundi de la part d’UBS : "le timing de la menace suggère que c’est une tactique destinée à augmenter le levier avant les négociations finales", ou encore de Citi : "à part si la Chine sort des négociations (ce qui est différent de l’annulation par le vice-Premier ministre), nous n’attendons pas d’escalade des tensions commerciales vers une guerre commerciale".
Seul Raymond James était plus circonspect, mettant en cause l’efficacité de cette tactique : "selon nos conversations, il y a un sentiment universel que cela n’est pas un levier de négociation, mais que ce qui était quasiment un accord la semaine passée a déraillé ces derniers jours". Pour Barclays, qui mise aussi sur un compromis final, si les tarifs venaient à augmenter, la Chine aura deux options : retarder les discussions afin de ne pas céder à cette pression quitte à accepter une hausse temporaire des tarifs, ou les suspendre et décider de mesures de stimulation pour compenser les tarifs, en misant sur une reprise de contact par les US, face à la pression des marchés et de l’économie... et des élections de 2020.
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