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Politique monétaire / BCE / Hétairie / Etude

Politique monétaire
BCE / Hétairie / Etude

Un think tank de gauche plaide pour une politique plus éthique de la BCE

Dans une étude sur l'évolution de la politique monétaire depuis une dizaine d'années, le cercle de réflexion l'Hétairie, lancé il y a tout juste un an, suggère de redéfinir le rôle de la BCE, afin de mettre son action au service du bien commun.
Draghi
Draghi

Le parti eurosceptique de la Ligue du Nord n'est pas le seul à reprocher à la BCE son manque d'implication dans le soutien aux États les plus fragiles de la zone euro. Le think tank l'Hetairie, lancé en septembre 2017 par une poignée de hauts fonctionnaires de gauche déçus par la politique d'Emmanuel Macron, a publié fin juillet une longue étude sur la politique de la banque centrale, trop orientée vers les entreprises multinationales selon eux. Leur document, intitulé "propositions pour une politique éthique de la BCE", met ainsi en exergue les dérives de la politique monétaire depuis dix ans et les moyens d'y remédier, sans nécessairement réformer les traités. 

Avant la crise de 2008, la BCE était encore une institution peu connue, éloignée des pressions politiques et garante d'une certaine indépendance, dont l'objectif principal était la stabilité des prix, rappellent les chercheurs. La crise financière a cependant chamboulé le rôle initial de la banque centrale, contrainte d'intervenir massivement sur les marchés afin de stabiliser le système financier : la BCE a notamment lancé deux programmes de prêts à taux très réduits aux banques (LTRO puis TLTRO) et de vastes plans de rachats de titres financiers sur le marché secondaire. Mesures très éloignées de son cadre d'action originel de simple régulatrice "à distance" de l'économie. Cette extension du champ d'intervention de la BCE l'a amenée à accroître ses fonctions de superviseur (elle est d'ailleurs aujourd'hui devenue l'autorité compétente finale pour tout le dispositif de supervision du système financier de la zone euro), et a par ailleurs été l'un des trois principaux organes de suivi des plans d'aide aux États lors de la crise de la dette. 

Or, selon l'Hétairie, une telle évolution du rôle de la BCE aurait dû conduire les autorités politiques de la zone à accroître le contrôle des activités de la banque. D'autant que les différents programmes mis en place par la BCE (APP, LTRO...) ont en réalité remis en cause sa supposée neutralité et son indépendance, rendant d'autant plus vital le contrôle des Parlements nationaux. Car selon les chercheurs, les achats de titres de Francfort ont non seulement entraîné une hausse des actifs boursiers, favorable aux ménages les plus aisés, mais ont favorisé les entreprises bénéficiaires (celles dont les titres ont été acquis par la BCE), qui ont vu leurs coûts de refinancement diminuer. "L'action de la BCE creuse non seulement les inégalités mais, en outre, elle définit une politique industrielle biaisée en faveur des firmes multinationales, et en particulier de celles ayant une forte emprunte carbone", dénoncent ainsi les auteurs de la note.

Un point de vue facilement critiquable quand on songe que l'intervention massive de la BCE a surtout permis d'éviter que la crise financière n'affecte plus durement l'économie de la zone euro. Et en particulier au moment de la crise de la dette de 2010 à 2012, où les déclarations de Draghi sur le fait que la BCE ferait tout ce qu'il était en ses pouvoirs pour contenir l'envolée des taux et les attaques des investisseurs à l'égard des États du Sud, ont immédiatement fait chuter les rendements. La mise en place d'un mécanisme d'aide aux États qui en feraient la demande, même s'il n'a jamais été utilisé, a par ailleurs permis d'apaiser les tensions sur les marchés souverains attaqués.

Quoi qu'il en soit, les chercheurs ont présenté plusieurs pistes, qui à leurs yeux permettraient de rendre la politique monétaire de la BCE "plus éthique". "L'activisme monétaire des banques centrales et l'utilisation de leurs instruments monétaires pour des buts spécifiques sont bienvenus", concède toutefois le think tank. "Mais leurs programmes d'achats de titres doivent être mieux encadrés par les autorités publiques afin de contribuer à des objectifs socio-économiques désirables".

La BCE pourrait ainsi choisir d'utiliser le quantitative easing pour créer de la monnaie et utiliser celle-ci pour acheter des bons émis par des institutions à capital public, dans le but de doper l'investissement public. Elle pourrait également monétiser la dette, en achetant puis annulant des titres publics et ainsi augmenter la dépense publique sans alourdir la dette de l'Etat. Ou encore distribuer directement aux citoyens la monnaie créée dans le but de relancer la consommation et lutter contre la déflation. Une option peu réaliste et qui risque surtout de faire bondir les prix. Dernière solution dévoilée par l'Hétairie: l'assouplissement quantitatif vert, qui permettrait à la BCE d'utiliser son pouvoir de création monétaire pour financer des prêts au secteur privé dans des projets d'infrastructures écologiques. 

Selon les chercheurs, seule la première et la dernière options paraissent réellement envisageables pour la BCE. Le principe d'achats stratégiques permettrait ainsi de lier directement la politique monétaire de Francfort aux défis économiques du futur, tout en préservant l'indépendance opérationnelle de la BCE, mais en redonnant un peu de contrôle au Parlement européen. Qui pourrait par exemple définir une liste de critères que les entreprises devront respecter pour être éligibles au programme d'achat de la BCE. 

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